La vie a perdu son sens : voila quelques siècles que l’homme se débat pour se définir : c’est que nous avons perdu notre innocente assise, c’est que nous avons rongé la pomme au trognon : c’est que Dieu est mort. Dieu, oui, mais non pas l’homme, non pas son ambition. La vie a perdu son sens, l’existence et l’individu ont fondu, se sont confondus avec l’assimilation à la hiérarchie sociale. Vivre n’a plus de sens, mais nous pouvons toujours pavaner, nous pouvons toujours nous promener de commerces en commerces ; traverser, le sourire photogénique, les allées de bétons qui serpentent le bétons plus fièrement élevés et où jonchent les quelques marginaux récalcitrants, persistants malgré les divers repoussoirs architecturaux et répressifs envers leurs pauvretés à hanter les lieux dédiés au loisir des dépenses superflues, au shopping ou l’on consomme pour conformer notre identité à celle, fluctuante, des modes et des masses.
La vie n’a pas de sens ?! La vie n’a jamais eu de sens par elle-même, et si elle possède  quelques directions, dont d’ailleurs l’harmonie reste à démontrer, la signification d’une existence humaine ne peut être déterminer qu’a posteriori  - il n’y a pas immanence du sens de l’existence consciente et sociale,  en ce domaine, il ne s’agit que de donner sens : cela peut se faire par l’extérieur, c'est-à-dire par l’organisation sociale, la société, ou bien de l’intérieur, c'est-à-dire par l’exercice d’une réflexivité, d’une conscience de la société et de son intégration en tant qu’individu à celle-ci. Le sens de la vie d’un homme ne se définie donc que par la double interaction-confrontation entre le sens que l’individu désir donner à sa vie et celui que la société a plus ou moins prévu de lui offrir, parfois imposer. Soyons moins précis : la vie n’a de sens que parce qu’on lui en donne, et de fait, si nous ne lui en donnons pas personnellement, mais que nous vivons tout de même, alors un autre aura entrepris de donner un sens à nos vies.
    Plus profondément, la vie n’a plus de sens parce que le sens qui lui est attribué de extérieur, c'est-à-dire par l’organisation collective, n’est ni cohérent ni suffisant à notre état d’être et d’esprit. L’horizon lumineux proposé à tous membres de notre économie prédatrice est celui de l’affirmation par l’apparence : il s’agit de dissoudre l’individu, ses repères et ses interrogations par l’assoiffement maniaco-dépressifs du consumérisme et de l’affichage ostentoire de l’appartenance conformiste à un groupe social définis. La société marchande nous offre le monde à posséder, la compétition régule l’accès à ces profusions de promesses de luxe et de voluptés, le travail et le degrés de spoliation qui lui est rattaché découle de notre réussite au sein de cette compétition, l’individualisme nous condamne enfin à espérer ou à se satisfaire égoïstement, alors même que seul un espoir, une volonté et une action collective rendraient envisageable une répartition des richesses en tous genres.
publié dans : [ cogitations et philosophie ]
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