La multiplicité des produits et services de toutes espèces fournis aux travailleurs mécontents le moyen potentiel de soulager leur mal-être : c’est qu’il y en a pour tous les goûts, seuls les
plus pauvres – les vieux dont on ne tirera plus rien, les jeunes dont on ne sait encore ce que l’on en tirera, les chômeurs dont on ne peut rien en tirer, les étranger juste bon aux taches
ingrates et aux salaires de misères – seuls les plus exclus, les très nombreux exclus doivent se contenter des publicités et des divertissements qui les ponctuent. Mais au travers de cette
multiplicité de styles, chacun pense, chacun espère pouvoir se réconforter d’un achat, d’un nouvel habit, d’une belle montre ou d’une voiture scintillante. La perte d’identité et de sens que
provoque l’horizon mercantile, le dieu argent, cherche sa compensation plus avant dans l’abyme : l’individu écartelé puis modelé, l’humain mutilé et fractionné pense pouvoir s’accommoder et se
raccommoder à l’aide de ces apparats : la désorientation provoquée par l’overdose d’invectives et d’incitation plus subtiles à la consommation, à la conformité exacte à notre supposée
position sociale, par la perte d’identité effective qu’elle produit et l’impossibilité de plus en plus déterminante de se construire comme intelligence et affectivité subjective, produit
finalement l’effet rechercher : la reconstruction des individus au travers de la masse des consommateurs se distinguant et se ségréguant par l’appartenance à tel groupe de consommateurs. Ainsi,
les distinctions raciales et culturelles perdurent en tant que spectacle, alors même que l’argent est devenu pour tous l’ultime fétiche, a vrai dire, l’absolue fétiche, la manière dont chacun va
affirmer sa richesse va permettre de distinguer nettement l’étudiant en science politique du dealer : l’affirmation est question de style, et le style est une façon d’afficher sa fortune. La
ségrégation entre le pauvre et le riche reste évidement maintenu, mais elle se prolonge toujours entre les différentes origines ou appartenances.
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