Et les victimes dans tout ça !? Pourquoi faut il pleurer les bourreaux ? Pourquoi s’attarder ou s’attendrir sur leurs sorts ? S’ils profitent du système, ne sont ils pas nécessairement coupables ?! C’est aux victimes qu’il faut songer, c’est pour elles et avec elles qu’il faut se battre, n’est-ce pas !?  Certes, et c’est pour les victimes qu’il faut comprendre les coupables, et c’est parce que nous ne pouvons rester binaire que nous réfléchissons la culpabilité des coupables. De même que je m’interroge sur la culpabilité de celui qui vole ou s’insurge violemment et bêtement contre ce qui l’entoure et l’oppresse, il faut s’interroger sur la culpabilité de celui qui participe activement au système de domination et d’exploitation de la majeure partie de l’humanité. Plus : c’est pour l’émancipation des victimes, leurs réelles émancipations, que je mets en avant la position inconsidérée du bourreau, son statut d’enfant soldat -pour faire une comparaison risquée mais parlante-  car pour que la victime s’émancipe réellement il ne faut jamais qu’elle ne devienne coupable. Clarifions : il est nécessaire pour les plus dominés de comprendre la domination que produit le système y compris sur leurs supérieurs les plus gradés, non pour leur pardonner, mais pour parvenir à s’émanciper à la fois des dominateurs et du système de domination. Répétons : l’émancipation réelle n’est possible que si elle est considérée dans toutes ces dimensions, autrement dit, la personnification d’un problème socio-politique est déjà la déconsidération du problème en tant que telle, ce qui signifie que les exigences ne doivent pas porter sur des individus particuliers et considérés comme responsables, ni pour se venger d’une situation ni pour espérer un changement.  Allez, soyons encore plus clair : la révolte des insurgés se fait le plus souvent contre les représentants d’un système de domination, non contre le système de domination. Conséquemment, ces dominants étant renversés et le système étant à reconstruire, les insurgés qui dés le départ ont cru en la violence pour parvenir au pouvoir réélaborons leur propre système de domination, victimisant ceux qu’ils estimaient coupables, devenant eux même les acteurs principaux d’une mécanique pseudo-novatrice de domination partielle ou totale. Ainsi, c’est parce que les dominés, les exploités, sont les forces de l’insurrection envers les formes d’injustices actuelles qu’il est nécessaire que ces formes de dominations soient comprises avant d’être renversées, afin de n’être pas simplement renversées, mais simplement annulées.
publié dans : [ cogitations et philosophie ]
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