A l’ombre d’un précipice, quelque part entre deux murs, les foules parcourent leurs trajectoires chaotiques mais déterminées. Piétons passant, touristes flânant, bourgeois bourgoiesant, mendiants déperrissants, précaires publicitaires tractant ou questionnant, vieux bougonnant et jeunes arrogants qui pavanent bruyamment : s’entrechoquent dans les larges allées, somptueuses et bordées de vitrines alléchant les bas instincts de nos médiocres consciences, s’entrechoquent les contradictions assassines de notre organisation collective et de nos rapports aux autres.
Les files motorisées s’entassent au signe, patientent leur tour aux carrefours, et avancent à pas de fourmis en fulminant. C’est la foule des esclaves et des maîtres salariés, tous esclaves sur ce point, c’est la foule des médiocres acharnés ou des fiers exploités qui s’entassent aux heures fixées sur les voies menant au labeur. Ce sont les affamées et les affameurs goinfres qui se côtoient et se doublent pour être les premiers à relancer, aujourd’hui encore, la mécanique absurde de leur domination et de leur destruction hiérarchisée. 
Lorsque l’individu n’est pas rentabilisé au titre de travailleur, il l’est au titre de consommateur : lorsqu’il s’amuse il doit encore être utile, ses loisirs doivent pouvoir se vendre et s’accompagner d’incitations en tout genre à la consommation. L’individu doit être utile, il doit correspondre à une fonction économique et sociale qui permette la perpétuation de cet ordre économico-social, il doit servir, il doit être serviteur, ou bien rester en marge, disparaître du spectacle.
publié dans : [ ecriture alcoolique ]
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