A l’homo-faber succède-t-il logiquement l’homo-consommateur ? Peut être n’avons-nous voulu fabriquer qu’afin de posséder, qu’afin de dominer ?.. Et lorsque nous nous donnions pour horizon de
dominer la nature, ne pensions nous pas dès le départ y inclure l’homme ? Ces juifs et ces Chrétiens, mais aussi ces positivistes et ces faux scientifiques, et encore ces faux libéraux et faux
humanistes, tous, en souhaitant dominer la nature, ne souhaitaient ils pas dominer aussi l’homme et ses instincts ? Ne désiraient-ils pas trouver le moyen de les soumettre totalement afin de «
rallier et de régler » ces hommes ; ou bien de leur offrir une liberté si fictive qu’elle conduirait nécessairement – à quelques interventions près de la part des principaux intéressés - aux
systèmes de dominations et de soumissions envisagés dès le départ ? C’est qu’ils ne comprennent pas, ces techniciens de la pensée et de l’humanité, que celles-ci ne se confondent pas avec les
objets matériels que la science à coutume de scruter en tant que tel. Ils se persuadent de l’inégalité inné des hommes pour se croire plus à même de proposer un système définitif et efficace,
répondant à l’intérêt général telle que leurs positions privilégiés le leur permet naturellement de comprendre. L’universalité accessible à toute conscience humaine éduquée… Loin de tirer de
cette idée la nécessité d’un savoir universellement partagé, ils considèrent plus simple de partager les taches, et ainsi laisser aux privilégiés de naissance le soin d’assumer les
responsabilités du pouvoir et aux enfants de piètres ascendances les basses besognes si utiles aux conforts des sages cultivés. Car en effet, une peur hante nos élites: perdre leur statut de
supériorité, et de là leur domination et leur confort indûment acquis. Car en effet, distinguer différentes essences de l’homme, celle des maîtres et celle des esclaves, et supposer cette
différence héréditaire, n’est-ce pas au fond simplement vouloir préserver ses privilèges et son prestige, qu’une réelle égalité des chances et des droits remettrait en cause, témoignant
nécessairement de la multiplicité inconcevable des talents inexploités de l’humanité ?
Aristote, parait-il, fait cette distinction. La tradition chrétienne, et plus généralement religieuse, font cette distinction – et quand bien même elles nous considèrent tous esclaves, nous
devons toujours obéissances à certains hommes inspirés. La plupart des philosophes ne croient pas en l’égalité intellectuelle ou raisonnable des hommes, et par là ils sous entendent notre
inégalité à être sociable, à s’auto-organiser, à réfléchir et décider ensemble. Ce pessimisme envers le genre humain n’est pas dénué d’arguments, mais il s’oriente trop souvent vers la sottise
égocentrique de l’arrogance et du mépris. Nietzsche fait violemment cette distinction…
Platon distingue les hommes et leurs potentialités innées, mais celles-ci ne sont pas hérédités. Sa république réclame une égalité réelle des chances, afin que chacun puisse se diriger vers
ce qui lui plait, et cela sans jamais s’enfermer définitivement dans une voie qui par la suite pourrait ne plus lui convenir.
Qu’il n’existe pas d’inégalité héréditée au point de vue de l’intelligence sociale, cela doit être considéré sinon comme un fait, au moins comme un axiome nécessaire à toute réflexion sociale
visant une universalité ou pseudo-universalité concrète et humaine. Mais, si toute réflexion qui nie la singularité de l’individu et de ses potentialités tend rapidement sinon immédiatement vers
un autoritarisme arbitraire qui cloisonne les êtres et leurs comportements à des fonctions économico-social dont la fin est absurde et irréfléchi, pouvons nous pour autant tenir pour un fait
cette égalité en terme de sociabilité ? Existe-il, fondamentalement, des bons et des méchants ? Plus pertinemment : si on considère les comportements associaux, c'est-à-dire violent et
destructeur, comme symptômes et conséquences d’une mauvaise organisation sociale, au de là du changement de société auquel il faudrait parvenir, comment changer les individus déjà aliénés qui
constituent le moteur de cette société ? Par associaux, je n’entend donc pas simplement les comportements que la société et ces normes conventionnelles nomment comme telle, mais tous les
comportements violents et destructeurs, et en premier lieux ceux que perpétuent les grands gérants de la structures des inégalités mondiales, mais aussi les polices et les armées, mais aussi les
publicitaires, les bétonneurs, les ingénieurs ou agriculteurs de notre productivisme inconscient, les comptables ternes de notre décadence, les journaleux mornes qui font spectacle de nos misères
et nos fastes sans transition… Si la société nous à rendu fous afin qu’elle perdure et progresse au plus loin dans sa folie, alors ne faut il pas que sa folie aboutisse pour que nos élans
rebondissent ? Où se situe le point de rupture ? Le moment inéluctable de la révolte ? Mais de la révolte humaine et non sauvage, celle qui proclame la liberté, non pas une nouvelle forme
de domination…
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