La peur est l’arme universelle des puissants. Peur de la vengeance que peut exercer la « violence qui se revendique avec succès comme seule légitime »… Peur de l’exclusion, autrement dit de la faim… Peur de l’autre…
La peur de l’autre est toute particulière, elle est celle qui permet de détourner l’attention, de désigner un ennemi commun et ainsi de recréer le lien national que la dissolution du tissu social avait défait. « L’autre » sera donc de préférence celui qui à le plus de raisons de se plaindre, celui qui est déjà le plus misérable, le plus exclu. Ainsi, non seulement les victimes moyennes n’expriment plus leur colère envers les réels responsables, mais de plus ils s’acharnent sur ceux qui sont autant ou plus à plaindre qu’eux même –fonctionnaires ou immigrés – et ainsi, tendent à rendre inefficaces toutes mobilisations de ces sous-prolétaires et de ces prolétaires auxquelles ils appartiennent pourtant pour la plupart, de même qu’ils n’envisagent leurs propres actions qu’aux fins de pouvoir stigmatiser un peu plus ces faux coupables et revendiquer aux pouvoirs en place plus de sévérité, plus de cruauté, plus d’inhumanité et moins de solidarité envers ces fantasmés parasites… Et les vrais parasites pullulent et prospèrent tranquillement… Les centres de rétentions font foisons partout en Europe, des murs se dressent aux frontières que toutes sortes de militaires surveillent, et pourtant l’Europe a une natalité si faible qu’elle aura besoin, pour faire fonctionner son économie, de plusieurs dizaines de millions d’immigrés dans les décennies à venir… L’orchestration de notre misère est absurde de fond en comble. Leur planification globale s’adapte aux aléas de leurs lubies et des névroses sociales que le tout génère. S’il est nécessaire de déclarer des guerres, s’il est nécessaire de voter des lois xénophobes, s’il est nécessaire de vendre des armes aux dictateurs, s’il est nécessaire de torturer, de dévaster des forets, d’intoxiquer notre air et nos océans, ou du moins si tout cela leurs semble profitable à courts termes, alors…
La peur de l’autre est ce qui maintient chacun dans la soumission vis-à-vis de son protecteur fantôme, l’Etat-armée, de même que la peur en générale maintient notre soumission envers tout types de hiérarchie, envers toute organisation établie : elle nous rend dépendants de systèmes d’assurances, de crédits et de placements… La peur pour nous dissuader, l’ennuie pour nous rendre incapable.

 
publié dans : [ Reflexions et alternatives politiques]
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