La mécanisation de notre société est la tentative de nos auto-proclamés élites de rationaliser l’organisation sociale, ce qui implique le plus souvent le désir à peine
dissimulé de réguler et de contrôler les comportements voire les pensées des individus – chose plus aisé lorsqu’on les agglutine en masses elles-mêmes agglutinées. Cette mécanisation est donc
aussi mécanisation de nos activités, et donc certainement de nos pensées. Or cette machinisation de l’homme, que le premier enfant venu rejettera de toute sa force si la faim ne l’accable pas lui
et sa famille, est aussi le principal facteur de notre ennui, c'est-à-dire de notre désespoir, de notre désoeuvrement et de notre lassitude. La réduction forcée de notre vitalité à la répétition
d’un geste ou d’un calcul insensé pour nous qui le réalisons, et uniquement intéressé par la promesse d’une subsistance, d’un confort modeste ou d’un luxe facétieux, conduit tous les maillons de
la grande chaîne à se penser comme telle, ce qui signifie ne plus se penser, ne plus se considérer comme individu libre et sociable, capable d’action et donc de révolte.
L’adaptation à nos conditions de vie est une névrose, certes communément partagée, mais néanmoins une névrose, une maladie mentale résultant comme la très grande majorité des
dites maladies mentales non innées, de l’environnement social proche et général. En quelque sorte, une pandémie. Contagieuse, si bien qu’elle puisse paraître à certain héréditaire, voire
intrinsèque au genre humain. Une névrose sociale, qui se propage et se transmet aux générations mûrissantes, celles-ci qui ensuite entretiendront et effectueront de nouveau la névrose sociale,
c'est-à-dire globale et globalisante. L’adaptation est donc le mécanisme de la mécanisation de notre humanité ; autrement dit, l’adaptation à la modernité correspond pour
l’individu à la négation de soi en tant que potentiel créateur et original, en tant qu’indétermination subjective et volonté artistique, en tant que sujet singulier et potentiellement
autonome aux seins d’une activité collective, en tant que sujet désirant et potentiellement jouissant du monde et des autres sans nuisances à la jouissances des autres, mais au contraire
dans un partage fertil et exponentiel de nos capacités à satisfaire ensemble nos désirs, en tant qu’intelligence communicante ne se développant réellement que par l’effectivité de la
communication, de l’échange, de l’inter-subjectivité….
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