Les expériences menées pendant le procès de Nuremberg pour comprendre et déterminer notre capacité à torturer un individu présenté comme coupable continuent de traumatiser ma réflexion… Il s’agit à peu près de conduire des personnes sélectionnées au hasard dans la rue pour une expérience dont ils ne savent rien de précis et pour laquelle on leur promet une petite rémunération. Une fois arrivé, on leur présente un individu attaché que l’on présente comme coupable de crimes horribles et qu’il faut faire avouer afin de pouvoir le condamner. Pour cela on demande au sujet d’infliger un courant électrique, allant jusqu'à une dose mortelle, et d’augmenter graduellement l’intensité du courant. L’acteur, simulant l’électrocution, réagit d’une manière particulière en fonction de chaque intensité, passant des supplications aux hurlements, pour finir, pendant les trois dernières électrocutions (à l’intensité la plus élevée), par ne plus donner aucun signe de vie. Lorsque le sujet souhaite arrêter, il lui est répondu une phrase particulière du genre : « il faut que vous continuez », « nous avons besoins de vous pour continuer », « l’intérêt de la nation exige que vous poursuiviez », jusqu'à ce qu’il est insister cinq fois. Résultat de l’expérience : la très grande majorité vont jusqu'à la fin, jusqu'à électrocuter à plusieurs centaines de volt un corps qui ne réponds déjà plus… L'expérience fut réitérée, les conclusions aussi. Alors tous tortionnaires ? On insiste un peu, et puis, hop ! une ptite décharge .. ? Pire : lorsque ces pauvres anonymes eurent commis facticement leur crime, et qu’on leur annonçait qu’il ne s’agissait pas de décharges réelles mais d’une expérience avec des acteurs, un bonne part se pensait réconforté et croyaient avoir réussis au test, ne pas s’être fait avoir en ayant mené à terme l’experience… La question principale, l’inquiétude qui revenait le plus souvent chez ces cobayes apprentis tortionnaires, concernait les responsabilités personnelles qu’on pourrait leur attribuer – ils souhaitaient être sur qu’on ne les tiendrait pour responsable de rien, mais pour simple outils, à peine plus que le bouton sur lequel ils devaient appuyer et que la mollette qu’ils tournaient pour varier la souffrance supposée infligée à celui qui hurle son innocence puis feinte la mort…
Alors ?! Tous tortionnaires ?!! Ou a peu près ?.. Par exemple, vous êtes enseignante, certains élèves de votre classe sont menacés d’expulsion.. Qu’est ce que vous faites ? Rien, vous continuez tranquillement votre vie et votre travail en respectant le plus sérieusement possible les lois en cours ; ou vous vous révoltez, vous vous organisez avec les parents et les associations, militez et luttez pour vos convictions républicaines, démocratique, humaine ou simplement à l’évidence de votre affection pour tous vos élèves ? Autre exemple : vous êtes pilote d’avions, et parmi les touristes que vous conduisez au prix de milliers de litres de Kérosène vers l’illusion d’un repos et d’un exotisme exaltant, un de vos passager est menotté et entouré de policier, il est expulsé dans un pays avec lequel il n’a sûrement plus aucune attache, cet avion, que vous pilotez, s’est transformé en prison… Qu’est ce que vous faite ?! Et si vous êtes passagers ? Vous vous inquiétez de votre tranquillité, celle-ci se trouvant compromise par les gémissements de désespoir de celui à qui l’on ne reproche qu’une seule chose : de n’avoir pas eu d’autorisation à être en France ?! Et si vous êtes hôtesses ? Vous rassurez les passagers ?
Et si vous êtes citoyens, et si vous êtes hommes et femmes de ce pays, dans lequel on martyrise des vies au nom d’une politique spectacle exaltant la haine et la peur pour détourner le regard des exploités de leurs véritables exploitants ?! Alors, que faites vous ?! C’est qu’il y a des enfants, des bébés dans ces centres de rétentions, dans ces prisons dont on maquille le nom pour contourner le droit, et que l’on équipe de toboggans !!
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