Combien de temps encore devrons-nous écouter les experts spécialistes diagnostiquer dans leurs domaines respectifs les signes de la décadence, de l’enlisement, de l’engouffrement de tous dans la masse grégaire conditionnée par les instincts marchands, dans la perte collective et personnelle d’identité et de possibilité non-artificielle d’identification ?... Faut-il attendre d’avoir faim pour se révolter ? Faut-il craindre d’avoir faim pour se rebeller ? Ne suffit-il pas que certain aient faim, et qu’ils soient presque condamnés à l'avoir? Car si une révolution d’envergure ne s’envisage que lorsqu’une majorité des individus du système souffrent réellement, alors nos tyrans auront bien un jour l’intelligence de stabiliser une classe moyenne, alors les révolutions ne servirons peut être qu’à rendre de nouveau minoritaire le nombre des esclaves… Il faut que les solidarités se développent bien au de là des victimes les plus évidentes : il faut que ceux qui disposent d’un confort qu’ils estiment satisfaisant se demandent si il est possible de partager avec tous l’accès à un tel confort, s’ils ne profitent pas eux-mêmes de privilèges auxquels n’auront jamais accès une grande partie de l’humanité – du fait non d’une déficience de la répartition, mais d’une impossibilité concrète, c'est-à-dire une impossibilité entre autre écologique de généraliser l’accès de tel confort à l’ensemble des humains vivants ou à naître de notre planète…
L’idéal d’une solidarité sociale, d’un minimum retraite suffisant assuré pour tous, d’une couverture santé, d’un logement, d’un enseignement ou d’une formation garantie pour tous comme des droits, la liberté de s’informer, de se cultiver, le devoir de participer à des activités citoyennes décisionnelles… La construction d’un idéale sociale solidaire avait commencée après la seconde guerre mondiale grâce aux comités de résistance… Faudra-t-il attendre le déclin de la démocratie dans un nouvel ordre totalitaire, sécuritaire et ségrégaire -ainsi que nous le prédit par exemple un certain Attali- pour pouvoir rebondir, pour pouvoir reconstruire ce que l’on avait établie le siècle passé, pour pouvoir enfin reprendre le chemin de l’émancipation des humains au sein d’une société réellement démocratique et solidaire ?
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