Combattre la biométrie
Appel à soutien
Appel à soutien
En 2004, les industriels de micro-électronique (Gixel) publiaient leur Livre Bleu conseillant au gouvernement de faire accepter la biométrie par le conditionnement des plus jeunes, et prescrivaient une « éducation dès l’école maternelle » pour les technologies susceptibles d’être mal accueillies et de susciter des résistances populaires.
Dès 2005 cette propagande se matérialise avec l’installation progressive de bornes biométriques dans les établissement scolaires pour gérer l’accès des élèves à la cantine, comme dans une école maternelle à Angers ou au lycée de Gif-sur-Yvette, dans l’Essone (91), parmi tant d’autres.
Le 17 novembre 2005, une vingtaine de clowns sont allés dans ce lycée de la Vallée de Chevreuse pour y détruire les bornes biométriques et inviter les élèves du lycée à se poser quelques questions sur ces nouvelles machines. Trois d’entre eux ont été arrêtés, puis jugés le 20 janvier 2006, pour « intrusion dans un établissement scolaire et dégradation de biens privés à usage public en réunion ». Ce jour-là, les inculpés ont tenté d’expliquer leurs motivations, soutenus par de nombreuses personnes venues témoigner et manifester, par leur présence, leur hostilité à ces dispositifs. Mais ni les inculpés, ni les témoins n’ont eu la parole, si ce n’est pour s’en tenir strictement aux faits. Ils ont été condamnés à trois mois de prison avec sursis chacun, 1 500 euros d’amende et 9 000 euros de dédommagement pour le lycée.
Les dispositifs biométriques ont d’abord été installés dans des zones dites « sensibles » (prisons, aéroports...). Ils se multiplient depuis quelques années dans de nombreux domaines de la vie quotidienne. « BIO-MéTRIE », c’est-à-dire la mesure de parties du corps (iris de l’œil, empreintes digitales, contour de la main, du visage...) ou de comportements (démarche, manière de signer...) propres à chaque individu. Les parties de mon corps sont numérisées, puis enregistrées dans des bases de données, et réactivées à chaque fois qu’il faut m’identifier. Ce n’est plus ma parole qui compte, la confiance ou le conflit entre humains, mais la vérification systématique de données par une machine. C’est l’ordinateur qui décide, instance supérieure, qui rationalise les décisions humaines selon des protocoles binaires. Plus de négociations possibles, de droit à l’erreur, ni à l’oubli. Tu mets ta main dans une machine, et selon des critères prédéfinis, la porte s’ouvre – ou pas. Ne nous voilons pas la face : il existe une demande sociale en faveur de ce type de contrôle ; et comme pour le GPS ou les caméras de surveillance, cette demande n’émane malheureusement pas que des flics et des patrons. Nous sommes partout rivés à nos portables, ce qui permet à la police de toujours nous localiser. On peut aussi retracer la journée du citadin moderne grâce à sa carte bleue, son pass Navigo, son velib’, la consultation de son courrier électronique. La dure réalité est que nous avons déjà accepté dans ses grandes lignes une société de contrôle.
Ce n’est pas que l’on préfère les flics aux machines. Mais la biométrie s’immisce dans des espaces de la vie qui jusqu’ici ne sont pas totalement sous contrôle ; les échanges de cartes, les faux papiers ou même les arnaques restent possibles pour vivre malgré l’arbitraire. Plusieurs logiques s’interpénètrent pour rendre ces nouveaux dispositifs monstrueux. Le contrôle, d’accord, c’est pas nouveau. Mais il change de nature, devient plus vicieux, car nous sommes facilement fascinés par la technologie. On connaît tous l’envie de cracher dans l’œil du flic qui contrôle, de se rebeller contre le surveillant à l’école. Mais quand les technologies de contrôle s’installent à l’entrée des écoles, les lycéens sont déjà habitués : « C’est cool, ça fait high tech, c’est comme dans Minority Report, ou 24h. » Jeux vidéo et films de science-fiction ont bien préparé le terrain.
Le monde de la biométrie est le même que celui du prélèvement massif d’ADN et de la pose de bracelets électroniques sur les nourrissons. Le pouvoir odieux se cache derrière la machine pour endormir la révolte, servir ses impératifs de fichage et de contrôle et nourrir en même temps des intérêts économiques. Tantôt en agitant la peur des terroristes, tantôt simplement par souci de rentabilité, les bureaucraties, petites et grandes, étatiques ou marchandes, ne cessent de soumettre les espaces de la vie commune à leurs propres critères : rien ne doit entraver le flux de l’économie ; rien ni personne ne doit se déplacer incognito.
Les inculpés de Gif ont, après bien des hésitations, renoncé à faire appel du jugement. Non qu’ils acceptent la condamnation, mais le contexte actuel ne les laisse pas espérer une diminution de peigne en rappel. Ils n’ont pas non plus réussi à trancher la question de savoir s’il était intéressant de contribuer à faire reculer la biométrie dans l’enceinte d’un tribunal. On peut les aider à payer leurs frais de justice.
L’opposition à l’identification électronique doit désormais dépasser la préoccupation de quelques cercles d’amis, personnalités et associations. Il est nécessaire de soutenir tous ceux et celles qui ont déjà commencé à s’y attaquer, de continuer à réfléchir ensemble pour saisir l’ampleur du problème, de faire jouer notre imagination pour déjouer la Machine.
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