Article de Chanvre-info a lire sur le site iciPour le fou de dieu qui gouverne la première puissance mondiale, les drogues et le sexe sont des épreuves diaboliques destinées à séparer les gens de bien et les âmes perdues. Face au HIV, VHC, overdose, narcocriminalité et autres « malédictions », le maître du monde veut imposer à tous l’abstinence et la répression. Sous la pression de son aile droite ultra-religieuse, son administration vient de couper les subventions et de faire pression sur toutes les organisations, nationales ou internationales, faisant la promotion ou pratiquant l’ échange de seringues, la substitution des opiacés, la distribution de préservatifs ou l’avortement. Quand on connaît les ravages du sida en Afrique et que l’on sait que 75% des nouveaux infectés en Russie ou en Asie Centrale sont des injecteurs de stupéfiants, on peut douter de la charité chrétienne du président américain. Cette politique criminelle sera imposée au monde lors de la réunion de l’United Nations Office on Drugs and Crimes (UNODC) du 7 au 14 mars 2005 à Vienne. De nombreuses ONG, comme la LIA, Human Rights Watch ou ENCOD, appellent à la résistance.
Faucon et cul-bénit au pouvoirDes éditorialistes prestigieux, notamment du New York Times et du Washington Post ou du Guardian, fustigent cette stratégie mortifère. Mais sa réélection triomphale rend Georges Bush imperméable aux critiques, au moins jusqu’aux élections de mi-mandat. Il fait passer en force les pans les plus réactionnaires de son programme, renvoyant ainsi l’ascenseur aux fondamentalistes qui l’ont fait élire et au lobby militaro-industriel dont il fait partie intégrante. En effet, les associations religieuses, qui prêchent pour une désintoxication ascétique par l’abstinence et la fin du sida grâce à la fidélité et la chasteté, sont grassement subventionnées. Le business de la sécurité fait largement son beurre sur la guerre à la drogue. Mais quid du respect des personnes et des droits fondamentaux ? En voulant faire le bien au nom de dieu, avec lequel il a sans doute une ligne directe, Georges Bush va faire du mal à des millions d’hommes et de femmes qui ne partagent pas ses croyances et veulent vivre dignement, ici et maintenant.
La réduction des risques en dangerL’ONU, la Russie, la Suède, le Japon et dans une certaine mesure la Hollande ont déjà cédé sous la pression. Les premiers soutiennent les positions américaines sur l’échange de seringues et les traitements de substitution. Rien d’étonnant pour les pays nordiques qui mènent depuis vingt-cinq ans une politique hygiéniste basée sur un fort contrôle social. Le Japon est occupé par les USA et a toujours mené une politique ultra-répressive sur les drogues, hormis sur les amphétamines qui ont permises le miracle économique japonais et dont le busines est sévèrement encadré par les yakuzas. La Russie ou l’Ukraine ne devraient pas suivre cette stratégie catastrophique mais l’opportunisme et la démagogie de leurs dirigeants l’emporte sur l’objectivité. Ce sont pourtant les pays les plus touchés par l’extension du VIH, du VHC et plus généralement des épidémies et des drames provoqués par la prohibition dure quand le nombres d’usagers de drogues par injection progresse rapidement. Les pays de l’ex bloc de l’Est ont une culture de l’injection héritée des temps de pénurie de médicaments, modifier les habitudes de consommation prend du temps. Cela nécessite surtout un dialogue thérapeutique impossible sans les programmes de réduction des risques (RDR).
Et pourtant cela marchePourquoi remettre en cause la seule politique efficace en matière de drogues ? Aujourd’hui dans certains pays européens, les injecteurs représentent moins de 10% des usagers abusifs de stupéfiants et moins de 5% des nouvelles infections au VIH, les overdoses sont en chute libre, les demandes de soins augmentent. Pourtant, les pays en pointe sur la réduction des risques ne sont pas toujours les plus gros consommateurs, le Portugal ou la Hollande sont dans la moyenne basse. Il faut surtout se souvenir du désastre de la décennie 85-95, overdoses, sida, délinquance, scène ouverte ... Voulons nous revenir à l’obscurantisme sous prétexte d’une pseudo morale ? Les chiffres et l’analyse rationnelle plaident en faveur de la mondialisation et de l’extension des programmes de RDR. Mais les adorateurs du culte irrationnel de la mort ne peuvent accepter ces avancées de la vie et de la raison, leur attaque est redoutable.
La fin du modèle hollandais ?Les Pays-Bas viennent d’annoncer un durcissement de la politique des drogues notamment sur le deal de rues, le trafic international, le narcotourisme et surtout sur le cannabis. Il est question de restreindre puis de supprimer les coffeeshops, de porter les peines de prison pour production commerciale à au moins cinq ans, de restreindre l’usage public et de dépister le cannabis au volant. Le gouvernement hollandais remet en cause le principe de séparation des marchés et des produits. Il affirme avoir sous-estimé les dangers du cannabis et que les coffeeshops contribue à la diffusion des drogues dans la société. Pour certains observateurs, le gouvernement cherche à calmer les critiques internationales sans vraiment changer le système, d’autres annoncent la fin du modèle hollandais. Élus sur un programme sécuritaire et moraliste, certains membres sont en cheville avec les faucons américains, d’autres partages leurs convictions religieuses. Tous veulent profiter de la grande peur suscitée par le terrorisme et la mondialisation. Durcir la politique des drogues est un moyen facile pour démontrer sa probité et sa fermeté, les conséquences néfastes ne concernent pas directement la majorité, il est facile de la tromper. Les Hollandais viennent de succomber à cette facilité. Ce dégât collatéral du 11 septembre constitue une grave perte pour les amis de la liberté et de la rationalité. Une faille dans laquelle vont s’engouffrer toutes les sectes et les profiteurs.
Après l’utopie viendra le réalismeOn peut espérer que les pays qui soutiennent une autre approche des drogues feront bloc contre le délire yankee et compenseront les fonds américains pour la diffusion d’une politique pragmatique. Pas sûr qu’ils y arrivent, l’utopie d’un monde sans drogues à encore de beaux jours. Cette surenchère freine les ardeurs réformistes de l’U.E, gèle les négociations autour de la stratégie décennale de l’ONU et confortent dans leurs crimes les dirigeants des pays comme la Thaïlande, les Philippines, la Chine... qui massacrent les usagers de stupéfiants, plus de 2500 morts récents par overdose de plomb en Thaïlande. On peut surtout s’attendre à un durcissement de la répression sur le cannabis, mesure la plus spectaculaire en pleine campagne de désinformation sur cette plante. Dans les prochains mois, il sera difficile pour un gouvernement de justifier une réglementation libérale quand l’étendard de cette politique fait marche arrière. Les média et les partis populistes auraient beau jeu de dégommer cette réforme pourtant salutaire. Il faut donc s’armer de patience, laisser le bon peuple croire une fois encore à ces sornettes puis relancer le débat avant le désastre. Car, sans me prendre pour un messie, je prophétise le chaos si ce dingue va au bout de sa politique. Vous ne pourrez pas dire que vous ne le saviez pas.
Laurent Appel
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