Vendredi 25 mars 2005
A lire sur Chanvre-info

Dramatisation, exagération, approximation... la récente campagne de prévention sur le cannabis a le mérite d’exister mais suscite bien des critiques. La consommation de masse et l’abus de cannabis sont des réalités indéniables qui nécessitent bien une stratégie préventive. Hélas, cette opération de grande envergure participe plus à la nouvelle campagne mondiale de diabolisation du cannabis qu’à l’information objective des consommateurs, des non-consommateurs, des parents, des pédagogues et des thérapeutes. Analyse d’un ratage et propositions pour une meilleure réduction des risques liés à l’usage du cannabis.

Les spots TV et radio dramatisent des situations extrêmes qui ne concernent que 10 à 15% des usagers. Les brochures, surtout celle destinée aux consommateurs qui veulent arrêter, mélangent subtilement les conseils, souvent avisés, de professionnels de la réduction des risques avec une propagande prohibitionniste digne des scientologues de Narconon. Les messages affichés ou sous-entendus sont hallucinants. Le chichon ce n’est pas bon, cela rend autiste. Le cannabis fort en THC est un poison qui va vous faire vomir, délirer ou vous rendre schizophrène. Un joint par jour et tu es toxico. Tout ton fric va y passer, tes études tu vas foirer, les voyous vont te taxer et les flics finiront par te gauler. Parents, fliquez vos enfants. Fumeurs, courez chez le médecin vous faire désintoxiquer de cette drogue dure qu’est devenu le cannabis. Avec en prime une hotline pour répondre aux angoisses ainsi suscitées et propager la bonne parole. Il n’y a pas de consommateur heureux, l’abstinence est le seul objectif, la médecine et la chimie peuvent sauver du pire sinon la justice oriente de force vers une structure de soins. Bonjour, le retour à la stigmatisation des usagers.

Dans un louable effort de cohérence sociale et d’objectivité scientifique, la MIDLT avait lancé une approche globale de la prévention pour tous les stupéfiants, légaux ou non, fondée sur les notions d’usage, de mésusage et d’abus. On s’orientait doucement vers une culture du bon usage, une prévention du mésusage et une assistance en cas d’abus. Beaucoup comprenaient enfin qu’il n’y a pas de drogues dures ou douces mais des usages durs ou doux. L’abstinence n’était plus la valeur suprême, remplacée par la qualité de vie. Un débat constructif pouvait s’instaurer entre les usagers et le reste de la société. Ces temps sont révolus. Cette campagne nous replonge dans la chasse aux sorcières.

Le Docteur Douste-Blazy aurait mieux fait de s’inspirer des rapports canadiens ou suisses, ou encore de la dépénalisation portugaise, plutôt que de puiser dans les élucubrations de nos sénateurs. Leur étude titrée "Drogue : l’autre cancer", publié en 2003, laisse une large place aux croisés de la prohibition. En bons élèves de Nahas et Anslinger, ces pseudo-scientifiques et autres experts autoproclamés alignent les mensonges éhontés, les études bidonnées, les théories fumeuses. Ils promettent les pires catastrophes si on laisse le "lobby de la drogue" pervertir la jeunesse avec des concepts permissifs de RDR ou de marché réglementé. Deux ans plus tard, nous subissons les conséquences de ces délires.

Ce n’est pas en transformant les consommateurs en pestiférés que l’on pourra instaurer une alliance thérapeutique pour les cas problématiques et un modus vivendi pour la grande majorité des usagers. En exagérant les effets du cannabis, on risque surtout de décevoir les expérimentateurs. Frustrés de ne pas avoir vu des éléphants roses, ils passeront à d’autres substances ou forceront la dose jusqu’au malaise. Baudelaire est souvent cité à charge par les prohibitionnistes, c’est le cas dans ces brochures ou dans le rapport du Sénat. Sa narration romantique et fantasmagorique des effets du cannabis est pour beaucoup dans la déception des jeunes fumeurs de joints. Il faut préciser que Baudelaire n’était pas un habitué du cannabis (cf. Au paradis du haschich, suite à Baudelaire de Théo Varlet). Il usait chroniquement d’alcool et d’opium mais n’a pris que quelques doses de mammouth de confiture de hasch très concentré. Entouré par d’autres artistes du club des haschischins, il a considérablement forcé le trait. On peut trouver mieux comme expertise.

Une bonne prévention doit contribuer à retarder le plus possible l’age de l’expérimentation. Plus on est exposé jeune à des substances psychoactive, en particulier le tabac, plus on a de chance d’en expérimenter d’autres et de développer des comportements addictifs. Puis, il convient d’insister sur le caractère exceptionnel d’un usage maîtrisé et d’exposer les possibles mésusages. Ensuite, il faut énoncer objectivement les risques d’une consommation chronique et les moyens de les réduirent. Enfin, on doit offrir des outils de détection et d’assistance pour les abuseurs ou les usagers en difficulté, pas les imposer par la contrainte parentale, médicale ou judiciaire.
publié dans : [ Reflexions et alternatives politiques]
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