Lundi 4 août 2008

Une grande fatigue semble appesantir nos gestes et nos volontés.  Comme si nous attendions, exténués et résignés, que tout cela finisse – que ce monde humain cesse.  Pris d’effroi et de vertige, combien se contentent de catastrophisme et de cynisme : nous toucherons donc le fond ? Nous devrons donc repartir de plus bas – de si bas !? Quel dénouement imbécile : voilà notre belle rationalité, celle qui fait la fierté de notre culture égocentrique, qui se condamne au chaos.

Qui sont ceux qui patientent tranquillement, jusqu'à ce que tout se soit effondré ?! Ont-ils gardés confiance en leurs bonnes étoiles, se croient ils élus, ou sauvés d’avance ? Attendent-ils l’apocalypse comme l’accomplissement d’une justice ?!

Notre grand corps humains est à l’agonie ! Et son nid devient étroit face à notre boulimie, emplit des déjections de notre consumérisme borné… Notre monde se meurt, et, à peine convaincu du contraire, nous prolongeons pourtant notre course accélérée vers le grand rien de l’auto-suppression implosive du capitalisme – non pas comme renversement de la logique du capital par les couches populaires qui en sont les esclaves, mais par suppression de ses conditions de survie, par l’épuisement des ressources énergétiques et vitales de notre planète ;  ressources d’ailleurs aussi bien nécessaire pour l’économie capitaliste que vitale pour la grande majorité du vivant, l’humain y compris, bien entendu. Incapable de faire face à peu près lucidement à l’avenir, ce qui réclamerait certes un regard rétrospectif sévère, nous courbons le dos et plions l’échine pour ne scruter que le présent illusoire et comme anodin du monde capitaliste, pour ne pas voir le bord de l’abyme que notre histoire a creusé sous ses pieds.

 

Cette histoire, c’est l’histoire de notre quête effrénée de la Vérité. Elle se voulue rationnelle ou mystique, mais toujours sa rationalisation s’animait d’une foi mystique, et toujours sa mystification se présentait comme rationalité supérieur, transcendante mais absolue et comme infini… L’homme, assoiffé de croyance, ne semble pas pouvoir supporter l’existence sans devoir y trouver un refuge. Il lui faut que quelque chose soit vrai – et plus précisément quelque chose qui soit vrai pour  l’homme – afin de savoir quoi faire, afin de pouvoir agir ; afin de pouvoir donner une direction mais aussi un socle à son existence alors même qu’aucun instincts particulier ne semble s’imposer à notre espèce ; afin de pouvoir vivre en sommes, je veux dire, afin de le vouloir encore.  

Incapable d’agir sans horizons prédéfini ? Telle est le triste cloître de nos tentatives de devenir ? N’est-il pas possible de se mettre d’accord en chemin ? Ne le doit-on pas, puisqu’il n’existe pas de carte pour explorer l’histoire de notre avenir ?

Me répondra-t-on que, justement, c’est là la méthode employée par nos démocraties modèles ? C’est qu’il faut savoir de quoi l’on parle : jamais l’exercice citoyen n’a aucunement eu l’opportunité de définir le régime économique qui structure aussi bien nos rapports de classe que l’organisation du travail, la non indépendance des médias, le post-colonialisme via la mise en place et le soutient aux régimes dictatoriaux dans les pays du tiers monde ou encore l’exclusion par les multiples forme que prend la misère (économique, psychologique, intellectuelle, relationnelle…).

Mais toujours sur d’avoir raison, de détenir la clé de voûte des systèmes sociaux : l’autorégulation économique (des valeurs des marchandises, et conséquemment, de la valeur de nos existences), toujours, nous pensons pouvoir surmonter les obstacles grâce aux logiques expertes de ceux dont le métier consiste justement en la régulation des conséquence désastreuse de notre activité ; a moins que nous ne nous ravissions froidement de courir à une sorte d’échec final, à défaut, peut être,  d’être réellement définitif.

Publié dans : [ cogitations et philosophie ] - Communauté : La commune des philosophes
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