Interview de  Serge d'assault par jean michel Apathie sur RTL (lire la totalité de l'interview ici )


Le contrat première embauche, proposé par le gouvernement aux moins de 26 ans, suscite de vives oppositions de la part des partis de gauche, des syndicats, des organisations de jeunesse. Et vous, Serge Dassault, vous le défendez ! Et pourquoi ?

Oui. Ils ne savent pas de quoi ils parlent.

Et vous, oui ?

Je suis chef d'entreprise, avant d'être politique. Et je sais ce qui se passe dans une entreprise. Pourquoi une entreprise embauche, ou veut embaucher ? Parce qu'elle a du travail, des commandes, des charges. Parce qu'elle cherche quelqu'un qui a des compétences. Parce que le coût du travail qu'elle fera est compétitif : ce qui n'est pas le cas aujourd'hui. Et parce qu'il n'y a pas trop de contraintes juridiques. Ces quatre conditions-là, aujourd'hui, ne sont pas remplies.

Le travail : il n'y en n'a pas beaucoup. Les compétences : on ne les trouve pas toujours auprès des jeunes qui ne sont pas formés à ce qu'il faudrait être. Le coût du travail, en France, est supérieur à ce qu'il devrait être : 35 heures et compagnie, charges sociales et compagnie. On est les plus mauvais. Quant aux contraintes juridiques, n'en parlons pas, elles dissuadent l'embauche.

Alors, il ne faut pas confondre une garantie de l'emploi, qui ne l'est d'ailleurs pas, avec des contraintes juridiques. Ce n'est pas parce qu'ils seront embauchés sur un contrat, un autre contrat, que les jeunes auront du travail. Ils seront embauchés s'il y a ces quatre positions, et si l'entreprise a la possibilité de licencier si elle n'a plus de travail. Cela s'appelle la flexibilité. S'il n'y a pas de flexibilité, il n'y a pas de garantie d'emplois.

Et quand les jeunes considèrent que les C.D.I, les contrats à durée indéterminée, sont la panacée universelle : non. C.D.I égal chômage parce que, s'il y a le C.D.I, on n'embauche pas. Et s'il y a flexibilité, on embauche. Et si les jeunes ne comprennent pas cela, que c'est leur intérêt, justement, d'avoir ce contrat qui amène une certaine flexibilité dans l'entreprise. Quand on embauche un jeune, on ne sait pas ce qu'il vaut. Il est peut-être bon, il n'est peut-être pas bon. Une entreprise qui embauche à un contrat déterminé ou indéterminé, ne sait pas s'il est bon.

[...]

Mais, en même temps, Serge Dassault, un chef d'entreprise, un pays a besoin aussi de sérénité. Là, on va vers un conflit, ce n'est pas une bonne chose.

Non, non. Il ne faut pas qu'il y ait de conflit.

Mais il y en aura un, vous le voyez bien !

Et bien, s'il y a un conflit, c'est foutu ! Il n'y aura pas de possibilité de réduction du chômage, s'il n'y a pas ces contrats flexibles, qui permettent à l'entreprise, si elle n'a plus de travail, si le personnel n'est pas compétent, de licencier. On ne peut pas garder du personnel qui n'a pas assez de travail, ce n'est pas possible. Ce n'est pas une garantie. C'est une fausse idée. Et ce qui est dramatique, c'est que les jeunes ne comprennent pas que c'est leur chance, pour eux, de pouvoir être embauchés, aujourd'hui, avec ce contrat. Et que s'ils refusent ce contrat, ils ne seront pas embauchés, ils resteront au chômage. Voilà.

Donc, ce matin, Serge Dassault, vous défendez Dominique de Villepin ? Il mène la bonne politique, pour vous ?

Parce que c'est évident ! Cela rentre dans la flexibilité. La flexibilité de l'emploi et l'avenir, et va permettre l'embauche. La rigidité de l'emploi n'est pas une garantie, c'est la rigidité du chômage, s'il y a rigidité de l'emploi, on n'embauche pas et les gens restent au chômage. Alors, ce n'est pas une solution.

Mais la flexibilité, c'est un mot qui fait peur.

Mais pourquoi ? Au contraire !

Parce que les gens n'ont pas envie d'être débauchés du jour au lendemain.

Mais ils ne seront débauchés que s'il n'y a plus de boulot, enfin, quand même ! Ce n'est pas une grosse volonté du chef d'entreprise de dire : "aujourd'hui, je vais pouvoir débaucher. Allons-y carrément !" C'est stupide. Une entreprise a du travail, elle embauche. Elle n'a plus de travail, elle doit débaucher, sinon elle fait faillite. Qui va lui apporter de l'argent si elle fait faillite : personne. On laisse tomber. La garantie pour eux, c'est la flexibilité. D'ailleurs, la preuve, c'est que les premiers contrats marchent très bien.

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