-- Voyons, je suis désolé si tu as cru que je souhaitais t'accabler, ce n'était vraiment pas mon intention, si ce que j'ai pu dire t'as blessé pardonne moi. Et pourtant, je ne peux pas te laisser dire que je tiens qu'il faille vivre sa vie plutôt que de la réfléchir ou méditer par facilité. J'affirme ça parce qu'il est visible que se poser des problèmes qui n'ont pas de rapports directs avec nos besoins, jusqu'à s'obséder avec des questions sans fond, n'est ni bon pour l'humeur, ni pour le caratere. Je dis que cette attitude refreine l'action et l'expérience: c'est par cette dernière que prend une forme véritable l'existence, que l'on apprécie ces délices possibles, que l'on subit ses peines avec force. S'enfermer l'esprit dans un labyrinthe auquel tu prétends trouver une sortie, et une carte pour trouver celle-ci, c'est se noyer dans un autre monde que celui qui t'es premièrement donné a vivre.

_ Sauf que je ne m'enferme pas, certain le fond, mais pas moi. Moi, je cherche à me libérer d'un labyrinthe il est vrai, mais dans lequel je nous vois tous. Et il faut l'apercevoir avant de pouvoir chercher l'issue, et le voir, vous ne voulez pas le faire. C'est de votre liberté. Mais c'est beaucoup dire que de prétendre que mon questionnement avorte mes actes, c'est faux, et c'est par ailleurs un préjugé facile de ta part. Si avant d'agir je réfléchis, tout comme après avoir agit, cela à mon sens ne diminue pas l'action mais la renforce d'un acte de conscience qui est parallèle à l'action elle même et qui l'encadre d'une puissance de volonté toute autre. Enfin bon, quoiqu'il en soit, cessons de discourir ainsi, je crois que nous ne parviendrons jamais à un véritable accord, je ne sais même pas s'il s'agit de chose dont on peut discuter

-- Voyez cela, tu t'en remets finalement à la simplicité foudroyante de l'absence de questionnement, à moi, cela me convient logiquement, et puis toute cette conversation commençait à me lasser, on ne peux tolérer cela trop longtemps, n'est-ce-pas ?

_ Bien entendu...

-- A ce propos, je souhaitais vous entendre parler à propos de l'art, à ce que l'on dit tu fais maintenant des choses merveilleuses

_ Vas savoir... Et puis je ne sais pas en parler, désolé...

-- Quoi ? Je ne veux pas te croire, comment être artiste,

_ Ecrivain...

-- Voyons, c'est ce que je voulais dire, comment écrire et ne pas être critique à la fois ? Ne lis-tu donc pas à longueur de temps ?

_ Non, pas vraiment...

-- Te relis-tu au moins suffisamment ?

_ Ca dépend de ce que tu entends par là...

-- Je vois... Mais quand est-il de ton opinion sur le style, le beau, la grammaire, et tout ce genre de choses ?

_ Je n'ai pas réellement besoins d'un tel point de vue pour produire ce que je sais faire, mais j'ai quelques vues qui m'appartiennent sur la choses

-- Voilà que tu ne souhaite plus débattre de rien, je crois que je n'ai plus rien a tirer de toi ce soir... Enfin bon, ce n'est pas bien grave, ce fut agréable...

_ C'est cela, et ailleurs voilà justement ton ami, vous buviez ensemble l'autre soir

-- Oui, c'est bien lui, et c'est justement lui qui m'avait affirmer que vous parliez de manière très élégante de votre art..

_ Peut-être qu'il m'avait pris un soir où je me trouvais d'humeur...

-_ Bonsoir messieurs. Alors, vous discutez toujours d'art où airais-je mal immiscer mon oreille curieuse ?

_ Non, pour tout dire.

-_ Oh, n'es pas honte, n'interromps pas un beau discours de peur que j'entende ce tu as pu me dire déjà l'autre soir, il n'est rien de moins anormal que de se répéter de temps à autre, d'autant si ce n'est pas avec la même personne. Vas-y, je t'en pris, continue

-- Je croit que vos efforts sont vains, et sachez qu'il n'a rien voulu me dire sur l'art ce soir, il ne serait pas d'humeur

_ Je vous en prie, je suis fatigué et vous risquez tous deux d'aggraver mon cas, si vous me laissiez tranquille ?

-_ Mais quoi, ne serais-tu plus convaincus par tes arguments sur la nécessité de brutaliser l'harmonie d'un texte pour la reconstituer sous une forme que seul l'écrit peut permettre; et sur le style qui n'est finalement que le laissez aller d'une âme artistique, que nous possédons tous et qu'il faut chercher à exprimer par le moyen qui nous est propre ? Ah tu en parlais bien, dans ma bouche ça n'a vraiment pas la même tenue. Enfin bon, tu as l'air de vouloir être tranquille, laissons le tranquille.


 

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