-_ Toutes les fois où je vous vois vous délectez avec tant d'aisance et de naturel votre whisky, je me dis que nombres de choses sont pour vous un plaisir que la vie vous offre gracieusement, et dont vous savez profiter pleinement.

 

-- N'est-ce pas ainsi que l'on se doit de vivre ? J'avoue que parler d'un devoir à suivre pour bien vivre est apparemment prétentieux de ma part, pourtant, j'assume la position. Je ne sais si la vie offre réellement quelques plaisirs, je ne saurais disserter avec loquacité des raisons de ce qui me rend heureux, tant la simplicité de ces raisons peuvent paraître complexes à de tortueux esprits. Voyez, le jeune homme qui nous à quitter tout a l'heure, Ludovic je crois, et bien je le pense bien incapable de profiter pleinement des plaisirs simples que l'existence nous offre lorsque nous y prenons garde. Voyez, il fume sans cesse une cigarette, plaisir dont la seule particularité est de laisser insatisfait. Insatisfait le laissera aussi sûrement sa tentative de compréhension subtile de son rapport à l'existence... Ce doit être son tempérament que de poursuivre des plaisirs illusoires.

 

-_ Tu t'avances beaucoup, ce jeune n'a rien d'anormal, je le trouve plutôt amical. Il s'interroge et alors, à vrai dire il n'est pas tant rongé que tu sembles le dire par sa philosophie, il se pose des questions, voila tout.

 

-- Des questions ? Et quelles questions ! J'ai bien voulu lui expliquer qu'il était logiquement impossible de penser ce qui fait notre penser. Notre intelligence, comme notre intuition, ne peuvent résoudre certaines énigmes sur l'existence, car elles existent elles même dans certaines conditions.

Non, voyons, il n'y a pas lieu de s'efforcer à voir dans le noir, nous n'y pourrons jamais rien. Alors que décider de ce qui nous plait, donner à notre vie, dans son déroulement, l'empreinte de notre volonté et de notre liberté, voila qui est vraiment exister. Ce monde ne convient pas à trop de spéculations intellectuelles, il faut laissez libre cours à ses envies tant que l'on peut les combler, il faut vivre passionnément tous les instants que nous partageons entre amis, entre amants, il faut vivre pleinement heureux comme par volonté, choix. Mon parfait ravissement lorsque je prend un whisky, ou fume un cigare, ne peut venir d'une méditation sur ce que boire de l'alcool ou fumer peut me procurer réellement, si je ne me fais pas d'illusions. Il me vient au contraire de ses illusions que mes habitudes ont faits naître, ces illusions le sont en tant que nous aurions pleins de raisons objectives de considérer la boisson comme le cigare nocif, et donc comme un déplaisir en soi. J'affirme que c'est trop raisonner, et qu'à coups sur nous pouvons s'écœuré de nombreuses choses ainsi, mais qu'il n'y a là aucun profit. Cela peut tout juste servir à noyer la vie dans l'ennui de la rigueur. Moi, j'ai décider d'apprécier la vie, et pour cela d'apprécier ce qui peut l'être, et sans trop y réfléchir. Pour peu que nous n'y réfléchissions pas trop mais que nous désirions la joie, nous pouvons avoir d'incroyables plaisirs quotidiens. Celui qui s'avance vers moi pour me dire que les jours s'écoulent et se ressemblent, je dis que celui-ci a mis toute sa force dans sa déprime, car il n'y a pas de jours qui soit unique en son temps. Si les lieux ne changent que sous peu d'aspect, tout, autour de nous, change constamment car tout en nous change aussi. Le temps s'imprime irrémédiablement et sans cesse sur notre existence présente. Nous pouvons sourire de la plupart des choses, mais la grande partie de notre temps nous préférons ne pas trop s'extasier ni prendre ses aises, tranquillement installer sur le flots continue du temps. Enfin bon, vous voyez bien vous même que l'on ne profite pas assez de sa vie et des précieux moments de délices qu'elle nous profuse. Et je dis que ce jeune Ludovic perd beaucoup du temps le plus précieux qui soit, celui de la jeunesse.

 

-_ La jeunesse, mais n'est-ce pas aussi le temps des grandes interrogations, ce temps béni où l'on espère pouvoir comprendre différemment et mieux les choses que l'on nous à présenté ou caché. Et puis il faut l'entendre parler de l'existence, de l'art, du beau, de la morale ! non vraiment, ce jeune homme est très intéressant. Et puis il n'est pas si différent de vous, lui aussi possède sa manière d'aimer la vie et de l'apprécier, Ludovic a des tendances certaines à voire le monde comme s'il était poète. Il dévoile à sa façon le réel au départ grossier qui se présente à nous lorsque l'on n'éduque pas son regard, il en dévoile la mystérieuse beauté, et il sait se bercer des plaisirs que la contemplation du beau accorde. Ce n'est pas rien. C'est peut être tout. Mais il reste la question que pose la possibilité de cette contemplation, la possibilité d'un sentiment intuitif du beau. Être capable d'apercevoir les milles beautés qui traversent le monde et l'existence donne une signification, une essence nouvelle à notre être-au-monde. Certes, à ce point nous pouvons bien nous résoudre à ce que la psychologie sociale, neurocognitive ou comportementale, la génétique pourquoi pas, nous enseignent un jours complètement les mécanismes qui anime notre psychique. Et en attendant nous pourrions nous contenter de notre quotidien, de ses plaisirs. Et pourtant, lorsque la science essaye de discourir ainsi sur l'être ou notre psyché, et par toutes ses tentatives s'efforce à le réduire à une causalité mécanistique, intégrant les stimuli de l'environnement et de son propres corps, réduisant la volonté et l'acte a de simples effets a replacer le long du chaîne causale finement complexe, ou il n'est plus question d'être, d'individu, de conscience et de choix, mais ou l'on parle de réactions chimiques, hormonales, électrochimiques, de déterminisme sans finalité... Lorsque l'on entend ceci, nous avons le droit, pourquoi pas le devoir, de nous interroger sur le modèle de réalité qui nous est présenté en filigrane, nous devons remettre en cause cette définition donner a notre être par la bouche la plus véridique que notre société admette: la science, pour peu qu'on ne l'admette pas réellement Mais pour refuser ces thèses, il faut les penser, il faut les pénétrer, les digérer, pour percevoir là ou notre intelligence réfute, là ou notre intuition se rebelle.

Toi, Bastien, tu penses pourvoir ignorer ces propos péremptoires que nous adresse la science, sans pour autant chercher d'autres réponses, tu voudrais vivre et c'est tout. Peut être, à ta façon tu y parviens, mais tous ne peuvent et ne doivent pas vivre et penser comme tu le fais: ils ne le peuvent car ils sont agités par un élan que l'existence régénère continuellement, ils ne le doivent car il n'y trouveraient jamais leur bonheur. Ce qui convient à certains n'est pas toujours un bon remède pour d'autres. Sache que pour un esprit forgé comme celui de ce jeune homme, l'existence ne peut pas s'affranchir d'une quête. Les plaisirs simples, le quotidien ou la tranquillité prennent pour ce genre d'individus la dimension mystérieuse des manifestations de leur être. Ils ne peuvent se satisfaire durablement d'une vie tranquille, ils y voient trop de monotonie, d'insignifiance. Et n'ont ils pas raison, du moins pour eux même, de mener leur quête au delà d'une existence dont ils n'apprécient qu'à peine les plaisirs.

Tout a l'heure, tu parlais avec éloquence de notre progression perpétuelle dans le temps, de notre inscription dans la durée, et tu ma fais songer à Bergson. Sais-tu ce qu'il expliquait sur la possibilité de comprendre par intuition la vie, de dépasser les limites ou nous restreint notre intelligence grâce au développement de l'intuition ? En quelque sorte il te répond lorsque tu prétends que certaines questions sont impénétrables, que notre intelligence ne peut se dépasser où que nous ne pouvons pas acquérir un autre mode de compréhension du monde... Il illustre sa réfutation par la possibilité de nager pour celui qui ne sait que marcher: le paradoxe voudrait qu'il ne pourra jamais apprendre à nager puisque pour cela il devrait aller dans l'eau, mais, ne sachant pas nager il se noierait. Il ne peut non plus raisonner a partir de ce qu'il connait déjà, et déduire a priori la nage de la marche. Pourtant, il est possible d'apprendre à nager, comme il est peut être possible de se comprendre soi-même bien au delà de ce que la logique ne peut l'admettre a priori, j'entend en dehors de tout effort et de tentatives.

Et ailleurs, je serais tenté de voir en vous deux un comportement similaire, une démarche analogue. Tous deux avez pour but de contempler la vie, l'aspect merveilleux de l'existence, simplement vous ne penser pas devoir contempler les mêmes choses. Toi, Bastien, tu te contentes et t'enchantes de ce qui s'offre a toi, tu vois ton plus grand plaisir là où se situe ta tranquillité et ton confort, et ceux-ci tu les perçois aux creux d'un quotidien sans trop d'inconvenance, où tes modestes habitudes peuvent satisfaire les petites joies qu'elles permettent d'offrir, où ton petit monde – au sens où il n'est ni réfléchit ni méditer intensément – te donne a contempler quelque paisibles images. Tu te réjouis à admirer la surface des choses, et je ne crois pas avoir a t'en blâmer, pas plus que je n'ai de critiques féroces à adresser à ceux qui cherchent à contempler ce qu'il y a de plus caché mais de plus merveilleux encore sous les phénomènes de notre existence.

 

-- Tu as sûrement raison, Etienne. Encore faut-il qu'il y ait quelque chose, comme tu le dis, sous les choses ou phénomènes eux mêmes, et que celles-ci soient réellement plus appropriées à notre contemplation que ce qui nous est immédiatement offert. C'est là-dessus qu'il y a discorde. Mais bon, ne parlons plus de ce jeune homme; à t'écouter parler de nos façons de comprendre la vie, je suis maintenant très intriguer de ta manière propre d'appréhender la question. Serais-tu, toi aussi, l'un de ceux qui, comme tu dis, réalise sa vie au travers d'une éternelle quête ? Où apprécies-tu plutôt la douce quiétude des moments que la vie nous apporte tendrement ? Ou quoi d'autre encore ? Je ne suis pas loin de penser que tu admets un nombre insensé de façon de bien conduire sa vie.

 

publié dans : [ les restes ]
ajouter un commentaire commentaires (0)   

Commentaires

Aucun commentaire pour cet article

Trackbacks

Aucun trackback pour cet article

Présentation

W3C

  • Feed RSS 2.0
  • Feed ATOM 1.0
  • Feed RSS 2.0
compteur pour site internet sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur avec TF1 Network - Signaler un abus