3.

 

Existe-il quelque part un lieu comme celui que je vous ai vaguement décrit, un endroit ou des vivants se réunissent pour partager leurs opinions sur l'existence. Il est bien probable que ces conversations apparaissent ici et là, faisant apparaître du même élan ce lieu rare ou les consciences partagent leurs expériences, mais généralement, nous évitons de discuter des façons qui conviennent pour se sentir exister, s'il faut ou non fixer un horizon à notre vie. Plutôt que d'échanger diverses vues sur les moyens que nous adoptons pour lutter contre l'ennui, nous préférons lutter contre l'ennui avec les moyens qui nous sont proposé. Nous pourrions être tenté de voir là le cas de Bastien, ce serait fallacieux. Bastien ne se contente pas comme par défaut, tel un mouton, de la prairie qu'on lui impose; non, Bastien détermine lui même ses plaisirs, et les apprécie à sa façon et non pas comme celui qui s'agglutine avec d'autres en supputant que les autres ont de bonnes raisons de s'enthousiasmer ainsi. Bastien voudrait sculpter son être en modelant sa vie, il se veut une volonté libre et artistique, et non pas se plier à la rumeur de la masse, accompagner, grégaire, des semblables sur les champs indiqués. Mais faut-il considérer Bastien comme celui qui serait guidé selon un idéal artistique ? Il apprécie les plaisirs simples, comme il se plait à le dire lui même. Il ne recherche pas le Beau en toute occasion, il serait plutôt celui qui accueille l'agréable comme on cueille le fruit sucré de l'arbre. Etienne, au travers de son cheminement pour élargir ses facultés à aimer, recherche en ce sens le beau, l'art, sûrement plus que Bastien ne le fait. Par de là ces discours élégants il concède de lui même se satisfaire d'artifices, d'illusions, qu'il accepte en tant qu'il les choisit et qu'elles lui apportent satisfactions. Ses satisfactions sont certainement elles aussi artificielles de quelques façons, mais l'artifice, lorsqu'il est envisagé comme la seule source possible de plaisirs, n'est pas à rejeter en bloc, il faut pour Bastien sélectionner selon ses penchants personnels les artifices auxquels ont se dévoue pour se procurer quotidiennement quelques plaisirs. Etienne considère qu'il ne s'agit là que d'une voie possible parmi d'autre, et que chacun possède en quelques façons une voie qui lui est propre pour accomplir sa vie; lui a choisit l'amour. Arthur, lui, parait se situer bien au delà de toute ces considérations. Ces considérations, il les estimerait soit morale, soit futile, et il prendrait soin de préciser que la morale n'est qu'une futilité subtile-, peut-être une subtilité futile. Mais je ne crois pas que vous ne connaissiez déjà Arthur. Il n'y a rien à dire sur lui, du moins, pour le moment. Ou simplement diront nous qu'Arthur est le genre de personnage purement esthète, coriacement critique, acide et délicieux à la fois, réfutant tout positionnement morale et s'éloignant de tout point de vue scientifique. Il est dès à présent dans la salle où conversaient nos amis, dans peu de temps, il les apercevra et ira les rejoindre afin de les saluer et d'entamer quelques discussions esquisses, à ce qui leurs sembleront tout du moins.

 

 

*

 

Il est des relations où les différents acteurs sont presque constamment dans un état second. Les soirées entre amis, apéro ou boite de nuit, repas familiale... Messes, après midi entre jeunes... La drogue et l'alcool perturbent sans cesse nos relations sociales. Où, comme pourrait l'affirmer Arthur avec un peu plus de vivacité, "l'effet psychotrope et la gourmandise sont les deux seules choses qui permettent à nos réunions de n'être déprimantes qu'a contre coups, et de paraître appréciables sur le moment".

Bastien, ne pourra plus tenir qu'un rôle mineur par la suite. Sa vision de la vie, en tant que limité, astreinte à une subjectivité qui elle même s'astreint à l'arbitraire de ses penchants, limite aussi son caractère et les possibilités de son discours. Il pense avoir atteint le sens de la vie en ce qu'il n'a pas eu besoin de le rechercher. Mais il en peut être aussi bien ainsi de tous ces enchaînés qui contemplent les ombres et qui parmi elles trouvent leurs ravissements.

 

 

-- L'amour, l'amour... Oui. Pourquoi pas. Cela fait partie des plaisirs que nous offre la nature. Cela est le plus délicieux chemins pour d'autres plaisirs... Je suis pourtant loin de penser que l'amour puisse représenter une quête ou un absolue, ou une quête vers un absolue. Enfin quoi qu'il en soit...


 

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