1. Individualisme et compétition...2. Marchandisation du réel et consumérisme.   3. morale et raison: peut on penser une vertue de l'egoisme ? 4. Rationnalité économique et cruauté structurelle.    5. La concurrence stimule-t-elle les talents ?. 6. Société du dopage 7. Drogues et société de consommation 8. Humiliation et flatterie... 9.Méritocratie ou reproduction des classes ? 10. L'école de la selection
11
. Société raciste.   12.Société sexiste.    13 . Société du mérite ?  14.L'individu et les masses. 15.. Le spectacle de soi. 16.. Grégairisme et mimétisme. 17. Auto-manipulation et manipulation. 18.. Désespoir et déresponsabilisation. . Passivité et participation.  19. L'info-spectacle et la banalisation de l'horreur. 20. De la culture de la rentabilité à la rentabilité du savoir.  21.Respect de l'autorité. 22.. Bête et discipliner.

 


 

    Que devient la vie, l'existence humaine - individuelle et collective - lorsque  la sphère sociale tend à se réduire à un espace de compétition, lorsque autrui prend la forme quasi-exclusive du concurrent ? L'individualisme qui anime et modèle les consciences et volontés  redessine l'organisation sociale et les rapports humains: l'isolement, la dissolution du contact désintéressé aux autres et au monde, conduit au démantèlement -idéologique politique et structurel- des mécanismes de solidarités et de partages ; la compétition est corollaire à la revalorisation de l'effort et conduit finalement à la culpabilisation « des perdants » , « associaux inadaptés -inadaptables- et faignants, dont la charge ne doit plus revenir aux braves gens ni aux élites méritantes» ; elle généralise la dépression et la consommation de produits psychotropes: dopants, calmants (somnifère, alcools, tabac, cannabis, anti-dépresseurs, cocaïne...) ; engendre la dépossession -l'aliénation- la déréalisation de nos existences, de nos moyens de (sur)vie: il y a détournement de notre temps, de nos actions, de notre volonté au profit d'intérêts étrangés, voir directement opposés à notre interet propre où à l'interet général. L'idéologie de la réussite personnelle et de la compétition n'implique-t-elle pas l'exclusion et la misère d'un certain nombre ? Ne favorise-t-elle pas les plus rusés, les plus calculateurs, les plus cyniques, égoïstes et féroces ? Ne constitue-t-elle pas le moyen de légitimer les inégalités les plus abjectes ? Les hiérarchies -structures de dominations partielle ou totale d'un individu et d'une volonté sur d'autres- ont elles pour seul fondement l'inégalité du mérite, aujourd'hui où les discours reconnaissent l'égalité des sexes, des cultures et des races ?
Une telle méritocratie suppose évidement une parfaite égalité des chances. Celles-ci serait-elle advenue, de sorte que l'on se permette aujourd'hui d'accuser si péremptoirement – en mots ou en actes – les misérables de leurs misères, si bien que notre économie serait une mécanique rationnelle de sélections des plus forts et plus méritants ? Quoi ? les riches et hauts responsables auraient-ils abandonnés le privilège de naissance qu'accordent leurs statuts à leurs progénitures, auraient-ils renoncés à faire hériter leurs empires, leurs gloires et leurs fortunes au profit d'une plus juste compétition ? La ligne de départ serait-elle devenue la même pour tous, ou bien la société serait-elle devenue un réseaux d'ascenseurs où les incompétents chutent de leurs trônes ? ou quiconque qui en acquiert le mérite peut s'élever avec fulgurance ?
L'illusion d'une compétition juste, lié au mérite, est nécessaire pour que chacun assume sa position, et ne réclame que selon les règles du jeu-spectacle établies. Culpabilisation, d'une part, de ceux qui  vivent  dans des conditions difficiles, déculpabilisation d'autre part, de ceux qui vivent à leurs aises et jouissent du luxe que produisent l'exploitation de millions de travailleurs...


Individu et société.
La logique à laquelle prétend notre système-modèle économico-sociale est me semble-t-il d'une rationalité douteuse. Une société, ou plus précisément une organisation d'individus, pose le problème fondamental de la cohabitation des intérêts privés et de l'interet commun – dont l'abstraction rend par ailleurs impossible une définition définitive. Une des solutions est de croire que tous peuvent suivre et combattre -dans un certain cadre- pour leurs intérêts privés et qu'ensuite, la conjonction et confrontation de ceux-ci, au travers de la compétition, conduit finalement à la réalisation de l'interet général, où plus exactement à celui du plus grand nombre possible ; mais plus encore à une sélection des meilleurs et à leurs récompenses orgiaques, parallèlement à une séléction-exclusion-abandon de ceux qui n'ont pas trouvés d'utilité dans les rouages de la société-marchande.  Il semble aujourd'hui que cette vision de la société soit la plus efficiente.
L’intérêt personnel ne peut se dissocier de intérêt commun, et celui-ci ne peut se réduire à celui du plus grand nombre - il s'agirait d'admettre une inégalité face aux droits à vivre, à se loger, à se nourrir soi et ses enfants. Mais cet indissociabilité ne signifie pas qu'ils soient liés de fait, que si l'un s'exprime l'autre s'affirmera de même:  ils est nécessaire de les penser ensembles car justement l’intérêt privé peut se réaliser au détriment des autres, contre l’intérêt du groupe, et inversement. Certes, un ensemble legislatif-policier-carceral a pour objectif affiché d'encadrer les comportements et d'interdire les actes qui entraves les libertés d'autrui. Ce qu'il faut alors comprendre, c'est en quoi consiste la liberté défendu par les forces coercitives de « la paix, de l'ordre et de la sécurité ».
Je ne discute pas ici des interdictions et punitions du viol, du meurtre et de la mise en danger d'autrui. Ce n'est pas, cependant, les seules limites de nos droits et libertés. Il est aussi rigoureusement interdit de s'en prendre à la propriété privée d'autrui, et des fruits qu'il en récolte. Or, ces forces armées qui défendent nos possessions, nous condamnent aussi à la mendicité lorsque nous n'avons plus rien: le droit de propriété subordonne tout autre droit – alors même que la répartition et le partage des richesses témoignent de son insuffisance ridicule par la misère assassine  qui échoue sur les trottoirs de France, par la débauche de luxe qui s'étale derrière les vitrines de nos rues, et qui offre à quelques-uns l'apparat de leurs minables supériorités.
La défense des libertés individuelles, dans l'optique d'un vivre-pour-soi plongé, contraint par le vivre-ensemble, prends la forme d'une structuration des inégalités, ou notre situation est déterminé par notre grade social, notre place dans l'échelle hiérarchique que fonde l'utilité économique. Et cette échelle n'a jamais été aussi large, son sommet jamais aussi faste et réservé, sa médiane si soumise à la gravité...


publié dans : [ Reflexions et alternatives politiques]
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