. Nous envisageons et bâtissons au travers de la représentation d'un progrès irréversible et positif, l'évolution de la société, des rapports organisationnels inter-humain, par une réduction à l'organisation économique de l'échange. La société que nos comportements réclament et construisent est celle de la société marchande, de la société de consommation; nos activités sont celle du travail-production et celle de l'achat-consommation (d'objets, d'images...). Tout se vend, tant que tout s'achète ; tout s'exploite... La marchandise absorbe la totalité du Réel : air, eau, nourriture, santé, éducation, science, savoirs informations, arts, loisirs et spectacles, opinions publique, lois, politiques et citoyens, corps muscles et sueurs, travailleurs où esclaves, armes, relations sexuelles, amicales et sociales, rencontres et plaisirs en tout genre, spécialités du monde entiers, technologie à tout où rien faire, bidules, gaz et pétrole, idées, découvertes, gènes, virtualités... La totalité du réel se trouve progressivement récupérée à des fins de rentabilité... Nous consacrons nos efforts et inconsciences collectives – individualisme oblige - à la société de l'Argent-Roi. L'argent-roi comme fondement structurel pratique et éthique de nos organisations humaines engendre une société de l'échange généralisé, condition d'accès sine qua non aux biens vitaux et superflues. La répartition des biens et des pouvoirs réponds grossièrement à une reproduction générationnelle des classes et castes ; la compétition et ses règles étant formulées par les dominants du moment, l'accaparation du pouvoir et des biens et leurs mises en héritage modèle la hiérarchisation, la verticalité des rapport sociaux. Celle-ci se maquille afin de paraître juste et équitable, de la reconnaissance de l'effort, du travail et du talent – la méritocratie ploutocratique est censée faire illusion sur la sélection et ses critères quasi-exclusifs de l'origine sociale et ethnique, de l'age et du sexe. La société hiérarchisé issue de la société de compétition est donc de nature inégalitaire: la verticalité des pouvoirs et responsabilités est aussi la verticalité des droits et libertés.
Pour qu'une pareil société consumériste puisse s'entretenir, sans que les exclus et précaires ne se révoltent ni que les « méritants » ne culpabilisent où rationalisent enfin leurs comportements, il à fallu faire spectacle de tout, il faut et faudra distraire de plus en plus, de préférence par abrutissement plutôt que par réflexions, même abstraites. Société du spectacle, ou le réel-marchandise se fait séducteur, se plébiscite et se publicite... Société de manipulation des masses, car il faut nécessairement que tous adhèrent au bonheur idyllique de l'apparat pour qu'il y est croissance et progrès de l'économie – il faut que tous y adhèrent y compris ceux qui n'y accèdent pas, il faut qu'ils le désirent, pour eux et non pour d'autres. Même le pauvre, pour la prospérité du système, doit penser en égoïste, car sinon, par le nombres, et regroupés, ils pourraient faire désordre.
Et parfois ils font désordre. Les inégalités trop criantes agitent les nerfs des oubliés; notre société assimilant bonheur et possessions, sans pour autant offrir à tous les mêmes moyens pour acquérir, génère des rancœurs, des violences et des vols ou récupérations. Notre société-économie marchande, pour se perpétuer, doit donc avoir recours à un système coercitifs et répressifs (la prévention consistant à l'égalité, elle n'est pas envisagé...). Économie marchande et société sécuritaire, policière et carcérale, sont donc intimement liés.
. Quelle société, quelles modalités d'organisation opposer à celles qui se développent autour de nous ? Substituer l'impératif humain à celui des capitaux ? Une société qui veut se construire paisiblement se doit d'être égalitaire, à la société de compétition et de consommation il faut opposer une société de coopération, de solidarité et de partage. Une organisation humaine stable est une organisation ou bien juste, ou bien policière, il faut penser une économie de la répartition et de la redistribution des biens, des savoirs, des techniques des pouvoirs... Une démocratie représentative est un oxymore, une impossibilité qui fait spectacle de sa bonne volonté. La répartition des pouvoirs réclame d'organiser les humains non plus sur une échelle hiérarchique, verticale, mais autour du principe d'égalité; les rapports humains doivent être horizontaux si l'on souhaite une démocratie capable de permettre à chacun de s'émanciper et de construire son propre rapport au monde, aux êtres et aux autres.
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