. La concurrence de tous contre tous, dans l'entreprise, entre entreprises et entre nations, constitue en théorie une stimulation poussant tout le monde à donner le meilleur de lui même, à être et à rester dynamique. Être efficace, disponible, rapide, s'acharner au travail et s'épuiser d'efforts, pourquoi ? Pour réussir ? Travailler pour quoi, et pour qui ? Efficace à quoi et disponible pour qui ? Agir rapidement, ne pas perdre de temps, seul l'effort paie ! – de quelle monnaie ? De quel bonheur ? La société marchande, du travail et du mérite est celle où l'on vend ce que l'on possède, et lorsque l'on ne possède rien d'autre que son temps, ses muscles et ses bras, c'est cela que nous vendons, et uniquement s'il y a acheteur – car l'on crève de ne rien vendre.
L'effort réclamé pour voir sa « carrière » progresser est d'autant plus important si les gradés s'acharnent à se soumettre entièrement aux exigences de leurs postes, d'autant plus important si nos équivalents participent eux aussi avec ambition à la compétition: les exigences de l'employeur peuvent ainsi augmenter jusqu'à l'essorage complet des employés, s'enfumant de nicotine pour embrumer leurs angoisses, se shootant pour dormir où se détendre. La société de la compétition, de l'efficacité et de la rentabilité se développe logiquement et progressivement en une société du dopage et de la dépression – ce qui ravit par ailleurs nos industriels de la santé. La réserve structuré d'une masse conséquente de chômeurs fait alors office d'une menaçante sanction en cas d'échec et non-compétitivité; l‘avenir ne se construit pas, il s‘appréhende avec une lâche prudence… On s’en évade au travers de l’instantanéité fuyante des consommations additives. Si réussite rime avec richesse, il ne s'accorde plus avec bien être.
Commentaires