. La compétition à pour fonction de légitimer la hiérarchie. Celle-ci devient « rationnelle » si l'on accepte de distinguer les méritants des oisifs, les efficaces des désinvoltes. La hiérarchie est l'organisation de la soumission des individus afin de récupérer le produit de l'effort collectif; habillé du déguisement du mérite, la hiérarchisation des pouvoirs structure les inégalités, autrement dit correspond à une hiérarchisation de l’accès aux richesses, à l'autonomie, à la culture, à la santé, à la liberté...
La compétition et la hiérarchie naturelle qui s'en déduit organisent nos vies de l'enfance à la mort, de la scolarité à la retraite. Sa logique et son effectivité sociale ne résulte évidement pas d'un contrat social: l'insertion de l'individu dans la compétition est forcée, sa position d'élève dans la classe, son rapport au professeur et aux autres élèves l'avertissent des règles du Jeu alors même qu'il ne peut les réfléchir, prendre ses distances. Ainsi, un bon élève est un élève discipliné, attentif, calme et poli, travailleur... La soumission aux règles est exigée, non leurs compréhensions. Le travail est exigé, la curiosité est valorisée si elle se plie au programme. Les professeurs enseignent des « disciplines », ils sanctionnent et récompensent, ils classifient, ils notent – ils flattent et humilient.
La hiérarchisation, comme la notation, sont des systèmes de classification des humains : l'individu est isolé car en concurrence, mais aussi parce que sa situation entre dans le cadre d'une classification qui le distingue d'autres individus, prétend le désigner, le définir, le différencier et le comparer. Cette classification peut flatter ceux qui se prêtent avec le plus d'habiliter au Jeu, et c'est pour le plaisir de l'éloge et les biens matériels qu'ils croiront en cette classification. Elle peut aussi résigner. Elle peut encore révolter. Humiliation et flatterie...
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