Affirmer et organiser une société qui prétend valoriser le mérite, l'effort et le travail, c'est aussi, nous l'avons dit, imaginer acquise l'égalité des chances à la naissance. Si tel était le cas, alors la reproduction des classes-castes et des inégalités qui perdure encore aujourd'hui soit ne devrait pas être, soit doit être comprise comme naturelle – la bourgeoisie engendrerait une progéniture plus noble, plus adapté et plus efficace à tenir de hautes fonctions, donc plus méritante à être riche, au delà de tous besoins raisonnables ; les pauvres ayant inscrit dans leurs gènes leurs incapacités à  n'être utiles autrement qu'avec leurs bras et leur sueur, qui toujours rapportent peu... Ainsi, penser que notre société est ou devrait être celle du mérite alors que s'observe d'une part une faible mixité sociale, d'autre part une forte reproduction générationnelle des classes sociales et des inégalités qui y sont liées, c'est avoir une conception malthusienne de l'ordre social, c'est postuler la sélection naturelle au travers d'un tortueux darwinisme social qui finalement, aurait lui aussi une composante génétique: si notre société est celle du mérite et que l'on hérite pourtant des conditions sociales de nos parents, c'est qu'alors notre société est une société de castes plus encore que de classes, qui prétend à un apartheid eugénique naturel puisque s'affirmant sous l'apparat républicain et démocratique.
    Pour qu'une société soit égalitaire et équitable, il faut  que tous puissent avoir accès aux ressources vitales, aux responsabilités citoyennes,  aux savoirs culturels et techniques. Il faut aussi que tous détiennent des conditions de choix identiques, autrement dit que l'organisation inter-humaine donne les mêmes moyens, via des processus et mécaniques de redistribution des accès, à tous de participer à l'activité sociale qu'il souhaite, et non plus que toute une partie de la population soit condamnée, conduite et encouragée à tenir certaines places précises – places que les enfants de bourgeois sont conduis et encouragés à répugner, mais aussi à exploiter.
    Les inégalités de revenus et de patrimoine, d'accès au travail, à la culture, aux diplômes mais aussi aux logements, sont toutes des inégalités intimement liées. Si des adultes en sont victimes, leurs enfants le sont aussi. Ils auront pour utilité économique de trimer, eux-aussi, plus ou moins autant que leurs parents, pour gagner à peu prés aussi peu. Ils seront orientés, ils seront informés de la réalité cruellement économique de notre grand village,  afin qu'ils choisissent librement de se former pour  travailler péniblement, soumis à l'ordre hiérarchique et aux impératifs de rentabilité du productivisme-consumérisme. Le « choix du nécessaire » disait Bourdieu...
 

 1. Individualisme et compétition...2. Marchandisation du réel et consumérisme.   3. morale et raison: peut on penser une vertue de l'egoisme ? 4. Rationnalité économique et cruauté structurelle.    5. La concurrence stimule-t-elle les talents ?. 6. Société du dopage 7. Drogues et société de consommation 8. Humiliation et flatterie... 9.Méritocratie ou reproduction des classes ? 10. L'école de la selection
11
. Société raciste.   12.Société sexiste.    13 . Société du mérite ?  14.L'individu et les masses. 15.. Le spectacle de soi. 16.. Grégairisme et mimétisme. 17. Auto-manipulation et manipulation. 18.. Désespoir et déresponsabilisation. . Passivité et participation.  19. L'info-spectacle et la banalisation de l'horreur. 20. De la culture de la rentabilité à la rentabilité du savoir.  21.Respect de l'autorité. 22.. Bête et discipliner.
publié dans : [ Reflexions et alternatives politiques]
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