Jeudi 2 août 2007


Ténébreux Jile, même lorsqu'il suffoque ainsi de rire, Jile, impitoyablement, envahit des ses ténèbres l'air qui l'entoure. Il respire avec aisance cette atmosphère lourde qu'il profuse par gestes et par discours. Jile ne sent ses aises que lorsqu'il empoisonne de sa voix roque les pompeusités verbiagées de ces mornes alter-inégaux; il ne supporte la compagnie de ses cospecies que lorsqu'il les plombe de sa démente lucidité. Jile n'est pourtant pas entierement misanthrope, il s'aime, lui, unique specimen homidé terrestre qu'il est rencontré et qui l'intrigue réelement. Son contact, son frottement aux différents êtres que sa position géographico-sociale lui permet, à pour seule motivation le désir de se connaitre soi, l'impulsion convulsive de comprendre sa dépendance à la fréquentation d'autrui et l'effet qu'il peut produire sur leurs faces toujours trop tiedes. C'est d'ailleur ici son premier point commun avec Dieu - celui qui se prétend Père du Christ et accéssoirement du reste - : il vomit les tiedes; mais lui reste toujours curieux de leurs réactions. Dira-t-on que ce Jile est sadique ? Le pretendra t on fat ? Ce serait deja ne pas être fade, et c'est surement là que se porterait sa préference. Mais Jile n'est pas sadique, il réprouve la betise et exorte ceux qui en sont disciples à s'en défaire - et serais-ce possible sans une certaine violence ? Son éloquence n'a rien d'évidente, son élégance non plus. Et pourtant. Il sait d'ailleur que s'il en était ainsi, il n'aurait plus de raison de se delecter de son caractère, joyaux qu'il preserve de la corruption du regard imbécile - chose difficile. Qui est Jile ? Un danseur en quelque sorte - dirait Nietzsche. Et il trouve son harmonie là ou personne ne l'entend, il danse sur des rhytmes dont il à la fierté d'être le seul à percevoir: il procède au delà des dissonnances; ce qui revolterait la premiere intelligence venu - mais elles sont rares, quasi-inexistentes - il s'en accomode, non pas comme le font tous ceux qui se refusent ou sont dans l'incapacité d'en percevoir les nuances, mais justement en y scrutant les subtilités; il n'y a pour lui de revoltant que ce qui ne peut exister au delà ou en dehors de la superficialité. Tout ce qui possède une certaine profondeur, il se réjouis d'y pénétrer plus avant. Tout ce qui n'est que surface et semble s'y reduire, il s'emploi à y trancher quelques déchirures, à y faire des trous, car d'une surface éventrée nous pouvons vérifier son absence de profondeur.

Son caractère est corriace, et, par suite, son appetit de vivre peu vorace. Il se contente, peu s'en faut, de dilletanter. Enfin, pas tout à fait, il ne se contente de rien, ne se satisfait jamais de rien, et par là tout ce qui exclut la certitude de la possibilité d'explorer, sinon ne l'inquiete, dumoins ne l'interresse - c'est pour cela qu'il attend son heure pour vérifier si la mort est une experience ou une pure volatisation, un néant. Son caractère est coriace, car sa posture et sa tendance n'évolue plus véritablement depuis qu'il s'est touvé une carapace solide, capable de se renforcer de toute attaque, capable de maitriser le tumulte qui naguere oppressait constament d'interrogation le fait de son etre et des modalité de son etre au monde. Il a résolus le problème de la chair comme celui de l'esprit, il considère en eux ce qu'il y sent de réjouissant. /Mon personnage est il cohérent ? Comment pourrais je le faire parler ? / Jile complète avec attention l'incohérence voluptieuse de son experience, et donc aussi de sa personalité. Qu'importe d'être cohérent, une fois que nous avons décider de jouir parfaitement de ce que nous sommes à l'instant ?

La premiere fois que Jile réflechit la mort, il le fit si bien qu'il cessa un moment de penser, et repris, sans y penser, le cours d'une autre reflexion. La premiere fois qu'il pensa Dieu, il fit de même, et résolue, avec cependant une certaine perplexité, que Dieu et la Mort était intimement lié dans la pensée humaine. La premiere fois qu'il pensa véritablement à lui, il cessa de respirer et ne perçu plus rien sinon une sorte de noirceur abyssale; il repris souffle en pensant à autrui, et son souffle fut un rire, qu'il repercuta sur soi et sa pensé de soi; enfin, il se pensa mort et ne compris plus pourquoi ni en quoi il vivait. La seconde fois qu'il pensa a lui, Jile pensa qu'il était Dieu, qu'il ne pouvait donc mourrir, et si en lui quelque chose ne pouvait mourrir c'était que le réel était d'une complexité transcandante, il pensa donc encore à Dieu - celui qui se prétend l'ordre - et se pensa comme une parcelle ridicule et tronqué et fantomatique de Dieu. Il pensa alors pour la première fois à la matière, et qu'est ce que matière fut alors pour sa conscience visiblement en recherche d'un reflet ? La matière se presenta à lui comme la plus terrible contradiction de son existence, certes ce qui la soutenait, mais qui pourtant démontrait l'inconciliabilité de ses representations et du réel. Le réel comme matérialité ne dissoud t il pas la pensée, l'étre ? Jile, après toutes ces premieres considérations tortueuses et malhabiles, se décida à ce décider une fois pour toute. Voila ce qu'il dit au pretre:


- Votre Dieu, si sublime dans la déscription que vous en faites, vous ne semblez pas digne de le connaitre. Que sa misericorde répare les méfaits de mon incrédulité, mais je ne saurais lui faire offense, à votre Dieu, et de fait ne saurais feindre d'avoir foi en lui. Car sachez que, la premiere fois que je concu la foi, je n'y vis qu'une sottise assumé, qu'un confort pour une intelligence débile. Que, la premiere fois que je tenta de concevoir Dieu, je m'endormi.


Si Jile parla ainsi au curée, ce n'est pas parce qu'il n'éprouve aucune émotion face à la complexité et à la séduction des idées de Dieu, c'est qu'il considère le sujet trop serieux pour esperer apprendre d'un simple marchand de joie ascetique ou d'un sectatere.

La premiere fois qu'il parla à un politicien, son inconsistence juvénile lui avait fait oublier de penser ce qu'était la société.


- Gardez votre peuple aux services de vos bon plaisirs, s'il existe vraiment et qu'il ne regrete rien de la stupidité d'être soumis à un pareil singe et à a de pareils singeries. Vos affaires me semblent en décalage certain avec ma prétention d'exister, il se pourrait que vous m'obstruer quelques chemins que j'ai pourtant à parcourir, j'essaireais, de mon mieux, de vous enjamber, vous , votre cour et vos exclaves.


Un jour, dans un pays lointain, alors qu'il contemplait les etrangetés astromiques de ce nouvel hemisphère, il songea de nouveau a lui, à sa place, à son mouvement, à la maniere dont il s'échappe à lui meme, au fait de son inaptitude à etre finis, complet. Il n'en déduisit pas pour autant son infinité, le contour perpetuel et intempestif de l'instantaneité l'empecha heureusement de se concevoir comme une explosion lumineuse vers l'absolue. Il se dit à lui même, peut etre aux astres scintillants:


- Moi, je ne me trouverais jamais, je suis un air vif et froid qui ne se laisse saisir. Moi, je ne parviendrais jamais à me définir, à me donner un sens, à dompter mes réactions et mes humeurs, à diriger ma réflexion avec rigueur... Et j'en abandonne donc la prétention. Voila qui je serais: un homme à la posture droite, qui ne se compromait pas, qui n'adhère a rien par politesse ou sans dérision, un homme ni fier ni révolté ni soumis, un homme qui petris sa chair jusqu'a sa convenance, un homme qui ne s'interresse pas par snobisme, ni par curiosité, mais par plaisir de contempler la complexité sensible de ce qui l'entoure. Moi, je ne m'attacherais pas aux merveilles de nos nevroses computés, je n'adorerais pas les Dieux ou les mythes de mon époques, ni d'autres d'ailleurs, mais je m'abstiendrais le plus souvent qu'il m'est loisible de réfuter leurs convictions trompeuses, sauf lorsque j'aurais le mot juste, le geste aérien, la pensée pesante et l'esprit amusé.


Un homme gras, fortuné, jouissant de monstreuses merveilles et d'un confort paresseux, un homme s'exprimant de ses lèvres encombrantes par des discours superflues, lui fit un jour remarquer la distance qui les séparait, lui, "Jile, le prétentieux", et lui, l'homme gras et sa simplicité chanceuse et profiteuse. Il lui fit valoir sa perspicacité et son éloquence, et le questionna sur son incapacité à en faire valoir profit. L'homme gras poursuivait son propos imbécile mais Jile ne parvenait à lui consacrer ni son ouie ni son esprit, il s'était mis à observer le mouvement incroyablement laid de son visage s'agitant avec tant d'assurance pour exprimer la fatuité dérisoire de l'accord entre son intellect mutilé et sa condition. Ce mouvement, composé de vibrations et de tremblements propres aux visages vieillisant et plein de graisse, boursouflant les entres-rides, déclinant les expressions si laides d'une cruauté candide, plongea Jile dans une nouvelle reflexion: le beau et le laid. Au laid gras, il s'exprima ainsi:


- Comment, dites moi, envierais-je votre luxe, si c'est pour m'enfler autant que vous l'êtes ? Votre arrogance rend difficile le moindre gestes d'aisance et de légèreté, vous ne me semblez bon qu'a vous affaler et vous assoupir sur vos largesses - d'esprit.


D'hommes beaux, il n'en rencontra pas tout de suite, ou plutot, son champ de perception de l'esthetique humaine était réduit aux élans de sa libido. Mais il voyait de belles femmes partout. Comment était il possible qu'il ressente une similarité entre ses sentiments lorsqu'il contemplait une femme désirable et un paysage splendide ? Quel était le rapport entre la beauté d'une femme, à laquelle semblait correspondre un desir physique particulier et à peu prés localisé, et la beauté d'une montagne dont la cime eneigé perce l'azur d'un ciel crépusculaire ? Il repensa à la matiere. Etait il plausible que seule sa structure materielle soit cause de ce sentiment de beauté ? Cela pouvait bien s'admettre dans le cas de sa pulsion vers le féminin - l'agencement biologique peusdo necessaire de leurs désirs réciproques aux fins d'un acte naturel du point de vue de notre animalité et du comportement du vivant semble à peu pres bien dépendre de la réalité matérielle-chimique de notre existence - mais comment peut on comprendre notre sentiment, de ce point de vue, face aux fastes sompteux que déploit la nature que nous n'avons pas ou peu corrompus et même parfois face à celle que nous avons aménagée ? Est il possible d'y percevoir une correlation entre l'accéptation positivante du monde et notre etat-d'être ? S'agit il plutot d'un glissement de notre libido strictement sexuel-génitale vers une libido, une pulsion de vie élargie au monde sensible ? Et pourquoi certaines odeurs sont plaisantes alors que d'autres sont insoutenables. Il y'a bien certain poisons gouteux, et certaines medecines écoeurantes. Jile se résolue à l'agnostisme le plus complet, seule issue à ses interrogations labyrinthesques, et il le fit sans penser à Dieu, ni à la mort. Il devint agnostique en ce sens qu'il ne recherchais plus, désormais, une connaissance assurée, il y voyait un obstacle radical à l'assurance elle même, en tant qu'attitude. Or comme il comprenait alors qu'il ne pourrais jamais être certain de rien, ou presque, il se décida à faire ses choix en matière de croyance, de les limiter au strict nécessaire, de les esthetiser au possible, sans devenir pour autant romantique. Il se mit à penser sa vie en fonction de sa beauté, et il fit de même lorsqu'il s'agissait de ses propos, de ses mouvements, de ses affinités, de ses gouts, de ses instinct, de l'art. Jile était devenu esthete, il était devenu Jile, tel que nous le connaissons aujourd'hui. Elégant, sobre, décalé mais recentrant, changeant mais non versatile, véxant mais non conflictuel, Jile repensa Dieu, la matiere et la mort.


- La matiere n'est jamais plus vivante que morte, la mort n'est qu'un processus vital, la vie qu'une composition évoluant par la mort. Dieu n'est pas plus vivant qu'il n'est matiere ou qu'il n'est mort; par ailleur Dieu n'est pas un ordre social, ni un homme, ni moi. Ou bien, il est tout à la fois. La vie n'est, en ce sens , pas plus matiere que Dieu... Ou alors la mort et en contradiction avec Dieu, et en ce cas Dieu avec sa création. Et quand bien même l'homme serait libre, Dieu se confronterait à la liberté de la matiere vivante qu'il à crée. /la liberté ? / Homme libre ? Et ? existerait il une matiere si bien organisé qu'elle serait libre, ou un dieu si bon ou si distrait qu'il ne serait ni tyran ni loi ? Mon crane renfermerait-il autre chose que de la matiere ? Mais la matiere peut elle penser, se penser, et penser encore autre chose ?


Jile esquissa un leger sourrire, euphémisme de l'intensité profonde du plaisir qui l'evahissait en professant ces interrogations vaines et tumultueuses - mais si délicieuses et séduisantes, jusque dans leurs tumultes et leur vacuité.



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