Vaste foutoir où s'entassent les esquisses de mes réflexions sur les brouillons de ma litterature...
La piece était vide, sombre et plongé sous un voile silencieux que le rire suffocant de Jile semblait peiner à percer. Au contraire, les ténèbres émanant de sa gorge érinté semblaient obscurcir et renforcer encore cette atmosphère propre aux abymes dans laquelle aussi bien le corps que l'ame de ce pauvre Jile se figeait dans un sacadement frenetique - duplicata des vibrations solennelles et ultimes de toute immobilité eternelle. De quoi Jile tremble ? Quel est cet amusement qui, lorsqu'il s'effuse ainsi, refroidit l'air jusqu'à contraindre chacuns de ses miasmes discrets ? A quoi pense t il ? Par quoi de risible mais terrible s'est obstrué sa pensé, celle-ci qui s'était vouée à la contemplation esthétique ? Jile n'a t il pas retenues des diverses idées uniquement leurs beautés, faisant abstraction de leurs contradictions et de leurs vanités ? Qu'est ce qui pertube ainsi sa sérénité à peine acquise, tout juste effleurée ? Est il possible, déjà, qu'elle se sente bousculée par d'autres horizons, basculée vers d'autres vertiges, aculée à quelques verticalités insurmontables ? Quoi, l'univers, la vie, l'ignoble, la sagesse et la sottise lui apparaissaient sous leurs traits radicalement esthétiques, et de là, qu'y a t il de risible encore ? Jile, bien qu'esthete, se plaisait certes à rire lorsque certain l'y contraignait de leurs volitions verbales et gestuelles absurdes, mais c'était toujours afin d'adopter son plus beau role, le plus adéquat, celui dont l'élégance interdit l'hypocrisie - paradoxe pour beaucoup. Mais depuis qu'il ne riait plus de lui même, ni de futilités, ni surtout en dehors d'une certaine posture relative à autrui, il ne riait plus lorsqu'il se trouvait seul. Devenait il fou, se laissait il envahir par la démence que lui prétait avec sarcasme ses rares amitiés ?
Quelques heures plus tot, à la tombé du jour, alors qu'il méditait cérémonialement la transfiguration de l'azur noircicant des cieux et du soleil rougissant qui plongeait tranquilement vers sa noyade nocturne, il s'était pris soudain pour l'astre de lumière à son déclin. Qu'est ce que l'être ? Un vacillement lumineux, une courte etincelle, qui a peine grimper à son zenith décline ineluctablement vers les abysses ? Il s'adressa calmement, mais comme écorché d'une inquiétude naissante, au soleil péréclitant qui incendiait l'horizon:
- Astre chaleureux, quel est ce néant que ta splendeur recouvres ? Quelles sont ces constellations par myriades que ta présence fait fuire ? Sont-ce tes anges ? Quel est ce ciel noir néant que ta lumière peint bleu ? Sont-ce deux infinis qui s'alternent, deux ciels, deux mondes ? Ces anciens se trompaient-ils lorsqu'ils t'honoraient d'être leur Dieu ? Deux mondes se croisent: des poussières d'étoiles déposées par la nuit prennent vie, sortent de terre et croissent pour s'éblouir de toi; quoi, prétends tu n'y être pour rien, où n'en avoir rien voulu ? Qu'est ce que l'homme ? Les uns, diurnes, réglés par tes soins comme sur une horloge celeste- ceux-là sont-ils tous de laborieux actifs, optimistes ou sereins ? Et les autres, nocturnes, sont-ils tous sans exeption oisifs et tourmentés ? Peut être ne sommes nous ni astre solitaire, un et resplendissant, ni multitude de scintillements disparses et noyés d'un obscur infini... Tout homme, peut être, parfois se lève tôt, parfois se couche tard, selon l'age où le chemin parcouru... Et moi, me serais-je sans le savoir acheminé vers mes nuits noires aux lumens fractales ? Moi, qui jusqu'alors fut droit comme un condotière, fier de n'être presque rien; moi, simple explorateur des majestés foisonnantes de notre monde, humant de tous mes sens l'étendue du réel, de l'agreable au putride, de l'harmonie au chaos, me suis-je perdu en route ? D'où me reviennent ces vaniteuses compléxions intellectuelles ? Comment, n'ai-je pas carrure à être l'inssouciant poête ? La beauté ne suffit-elle pas pour réponse ? A quoi bon savoir ce que l'on est, ce que l'on fait, où l'on est, et à quoi bon conjuguer à tous les temps ces mystères éxécrables ? Je suis ! Quoi de plus à ajouter ? Qu'y a-t-il d'autre à savoir pour vivre tel un jouisseur ?
Jile continua longuement à penser ce qui de nouveau attisait sa curiosité, ou plutot sa curiosité animait de nouveau sa pensée, non sans qu'elle ne frissonne à la sensassion depuis quelques temps conjédié du desoeuvrement. Lorsqu'il alla se cloitrer au creu du sombre appartement qui lui servait de dortoir - de baisodrome, à l'occasion - il avait put observer la lente et majestieuse rotation du ciel étoilé sur une longueur assez considérable pour qu'il comprenne que plusieurs heures s'étaient écoulées. Qui est-il devenu ? Jile, sous cette nuit où la lune n'était convié, pensa a son corps.
Cette chair, cette carcasse, ce soi qui fait interface avec le monde, avec l'exteriorité... Quelle est elle ? Quelle est sa valeur ? Ne l'a t il pas négliger jusqu'a l'outrage à contempler le monde ? Il avait jusqu'alors user de cette chair uniquement pour profiter de sa sensivité jouissive: son regard, son ouie, son sexe, son nez s'étaient jusqu'alors contentés de jouir, de rechercher et de profiter de ce qu'ils trouvaient à leur gout. En effet, sa quete du Beau s'était épanouie à l'ensemble de son corps, il parcourait sa vie pour parcourir ses plaisirs. Mais ce soir là, Jile voulu souffrir, Jile souhaita éprouver la douleur - il n'était pas suffisant de trouver satisfaction du laid, ou curiosité à la puanteur, ou encore un certain atrait au sordide - il lui fallait maintenant ressentir sur son corps, par sa chair, la faiblesse de sa constitution organique.
Jile, invisible dans l'obscurité, rit. Il vient de s'entailler cette chair qui le porte au monde. Il serre dans sa main le morceau de verre qu'il vient de faire glisser sur son visage - jusque là si propre.
Eprouver son corps, vivre pleinement, experimenter le réel et les conditions du réel qui nous sont donner, n'est ce pas aussi souffrir ? Jile fut surpris d'avoir pu méditer les plaisirs sans songer aux douleurs, de n'avoir percu sa chair qu'au travers d'une certaine positivité, et sans même y penser. Se croyant esthete, ce qu'il fut d'abord, il était devenu jouisseur sans même s'en rendre compte - plongé dans ces pales beatitudes terrestres et son confort privilegié, il ne s'était pas aperçu que son contact au monde avait changer de modalité. Et lorsqu'il en pris conscience, ce fut pour se renverser - encore. Maintenant, son désirs n'était plus à l'exploration des plaisirs - peut etre estimait il en avoir fait le tour - mais tendait vers l'experimentation la plus complète possible de son corps. Demain, il aura faim, il sera épuisé, et ainsi il comblera sa curiosité, et ainsi il découvrira un peu plus avant cette viande qu'il fait mouvoir. Demain, à l'aube, il oscultera son nouveau visage, et sa plait béante qui scinde de son crane à son menton l'expression de son faciés moqueur. Demain, il ira se battre.
A quoi pensa t il, cette nuit là ? C'est à sa faiblesse qu'il pensa ! C'est sa terrible impuissance qui explosa à sa conscience. Quoi de plus naturel, Jile est d'un esprit profond. Le beau, que valait le beau ? Quel plaisirs tirait il à extraire de toutes choses quelque esthetisme ? Il voulait maintenant prendre considération du laid, et non plus pour y dénicher encore une certaine beauté, non, il aspirait à la laideur pour elle même, et cette fois, y compris dans ce qui jusque là lui était apparue absoluement beau. L'univers est il dualité esthetique ? Ou serait ce notre conscience, notre perception qui recouvre cette dialectique de l'agreable et du repoussant. Pourquoi tendre vers le dégout ? Pourquoi pretendre à la repugnance universelle ? Serais ce par degout de soi même - Jile se repugnait il à lui même, son être lui apparaissait il comme irreductiblement nauséeux ? Oui. Jile, son caractere résolue au bien être, sa tendance à la serenité, sa contemplation béate, plus que de lui paraitre oiseuse, lui étaient apparuse repoussantes, ecoeurantes. Et l'équation est formelle: l'aspect putrefié ou sacré de notre être au monde transpire sur notre representation du monde lui même, sur notre contact envers la réalité. Celle-ci se manifesterait dorénavant morbide et mortifere, et pour un long moment encore, jusqu'a ce qu'il est touché fond ?! Il s'adressa au monde.
- Ciel, azur ou noir, plein ou neant, tu ne me suffit pas ! Montre moi tes orages, fait moi sentir ta foudre, projete moi loin, tres loin, et d'un soufle puissant ! Balais moi ! Balais moi, moi et ma vacuité, emplit moi d'un vent froid, pulverise en moi cette tiedeur fade ! T'ai je admirer, toi et ton majestieux silence ? toi et ta segneuriale course lente ? toi et tes instants figés, si mou qu'on les dirait flottant, si tendre et chaud, si faste qu'ils en sont creux - superficiels ? Oui ! Oui ! Trois fois oui ! Tu m'as envouté de tes couleurs chatoyantes, tu m'as bercé de tes paysages étendus, tu m'as enchanté de tes silences feutrés, je veux maintenant que tu me glaces ! ou que tu me brules ! Je ne supporterai plus ta condéscendance apitoyé, je ne pourrais encore respirer de cet air tranquil dont j'aspergeai mes naseaux; maintenant, je veux que nous en venions aux poings, je veux sentir, je veux soufrir que j'existe - c'est que je voudrais être certain !.. Me renirais-je ? Objecterais-je de ne m'être complus au sein de tes douces voluptés ? Non, mais qu'elles étaient trop douces, oui - qu'etais je trop doux moi même !? Mon corps, ma chair, je te l'offre maintenant, à tout ce qui lui est permis de subir, à tout ce que l'experience permet, et loin d'y deterrer un certain plaisir, je souhaite maintenant me voir souffir, je veux voir ma chair se déchirer autant que mon être l'est ! Te surprendrais-je, o monde, toi qui porte tant de desherités, tant de vagabond d'ame ? Me satisfaire de toi ne me satisfait plus, c'est que moi-meme je m'apparait débile, boiteux; sous cette terrible arrogance de prendre l'aggreable partout. Affrontes ma nuit, je recolterais avec joie ta colère orageuse. Mais peut etre n'est ce pas contre toi, monde, que j'en ai, peut être que ma haine s'erige envers ton créateur, être-monde, puissance et noyaux actif de l'univers, moteur universel - l'eternel auteur de notre tragedie ? J'existe, certes, et bien, dites moi donc pour quelles raisons ? Et qu'elles soient valables ! Serais ce pour un cruel repentir, eh, allons bon, amenez moi donc à la repentence ! Eh! quoi !? et pourquoi cela rime pour tant de vos dévots avec potence ? Suis je condamné de mon désaroie, m'offrirez vous la croix ?! Chacun la sienne, je la veux, moi, légère, je veux souffrir jusqu'a être apaisé de ce monde - ou de vous. Que mes tourments soient vertiges: qu'enfin j'admire les choses avec l'altitude qu'il se doit !
Votre complaisance envers mes sens ne me sied plus, notre coéxistence me semble aujourd'hui maladresse, notre désaccord s'est fait jour, et moi je me fait nuit, noirceur - non, grisaille ! pourquoi tout me deviendrait il laid ? Pour la même raison qu'il m'avait paru beau - apres tout, il ne s'agit que de moi.
Ce pauvre homme, à la cravate parfaitement noué, jusqu'a ce que je la serre un peu plus; ce pauvre homme, dont la gorge fut contrainte et les yeux revulsés - lorsque je lui eu ajusté son inutile apparat, et lorsque sa colère suprise exulta de rage - ce pauvre que je laissais s'epancher de sa nerveuse convulsion sur mon visage deja ecorché, ne l'ai je point soulagé à me laisser cogner; ne s'est il point liberé lorsque ses poings tout puissant deverssaient vers mon visage impassible, lorsque meurtissant la révolte virvoltante de sa rage ?! Et moi, déchiré, assomé, comme réduit à néant, m'effondrant tuméfié contre l'asphalte, n'étais je point heureux de voir sa puissance se dechainer contre mon être infecte, contre l'infectuosité de mon être ? Ah ..! soulagement propice que de se sentir anéantit lorsque l'on se sent pur néant. Que ma chair rejoigne mon être ! Et de surcroit, que ma chair ressente la contriction inhérente de mon être ! Que mes organes m'apparaissent ! Que ma faiblesse se manifeste ! - Me rendrais je un jour malade, d'une maladie mortelle, tel Nietzsche, afin de voir plus loin ? nous verrons, j'espere - Que suis je sinon ma chair ? Cet esprit qui l'anime ? Et bien, animons ! Qui était il, lui qui croyait m'avoir frapper jusqu'a la mort, ce pauvre homme, qui finalement n'en sortit pas plus indeme que moi ? Rien à foutre ! Une pourriture dans mon genre, pire, un être s'extasiant de ne pas etre, voila ce que j'étais, mais lui, putrifide incarnation de ce qui se lasse, et qui se laisse sans cesse aller aux courants porteurs de la majorité regardante, lui n'était qu'un fantome - moi seul lui ai donné à vivre ! moi seul lui ai donné a souffrir d'hématomes, moi seul lui ai donné à jouir de ses muscles - expression révolté de ses membres puissants - moi seul lui ai fait entrevoir l'existence.
Jile touchait il le fond ? Non, il lui aura fallu trois ou quatre meurtres, a peu pres autant de sucides... Il à touché le fond, alorsqu'il ne touchait plus rien.
Son visage s'est transmuté de la violence de son contact à son nouveau réel, a celui qu'il s'ést tenté d'approcher.
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