Catacombes, sinistres couloirs, j'arpente le labyrinthe, je scrute les surfaces: un monde terrifiant m'entoure: le notre. Et ma terreur est celle de l'absurdité necessaire. L'absurdité est structurelle, elle est ancré dans nos relations et organisations sociales, elle est aussi constitutive d'une bonne part de nos identités. Les gens se définissent selon des criteres absurdes et irréflechis - impersonnels.
Comment accepter qu'au fond de ce tableau qui se veut fruit de la raison, se cache la betise comme fondement.
Tout m'echappe, tout s'echappe... Les risques parcourus par nos existences mornes nous devoilent l'etat de notre soumission, de notre obeissance passive et presque inconditionnelle. Faut il attendre de crever de ce systeme pour se rebeler ? N'est ce pas suffisant, y compris pour nos nerfs rabougris, de voir qu'ils sont deja nombreux à en crever ?! Absurdité meurtriere, Cruauté absurde, parfois inconsciente, refoulée, et pourtant tellement patente.
Esprits vides de ce monde, braves gens mollestés à leur insus, ou à leur gré, selon votre degres de conscience ou de stupidité, esprits creux de ce monde ou la barbarie semble a tous raisonnable, ou est votre décence, ou se cache votre dignité ?
L'histoire est elle plus forte que nous ? L'Histoire s'ecrit elle indépendement de nous ? Est ce parce que nous l'admettons qu'elle nous echappe, qu'elle s'ecrit sans conscience par ceux qui la vivent ?
Le spectacle... Le spectacle de tout ! "Ils viennent mourrir à la télé alors qu'on bouffe ! " Tout est à vendre, y compris la misère et la souffrance la plus insuportable: on en fait des images, que l'on intercalle entre les pubs !
Il faut etre con ou sadique pour rester impassible ! Inconscient, aveugle, ou cruel, pour rester obeissant ! Et pire, il faut etre aussi masochiste : nous souffrons tous de notre horreur, comment notre puanteur n'irriterait pas nos narines, meme naives: l'odeur d'un cadavre repugne tout vivant. Alors nous fermons les yeux, nous nous bouchons le nez ? On regarde ailleur ? Vers ces temples splendides de la consommation decomplexée, pour peu que l'on ai du fric, pour peu que l'on espere encore y trouver un substitue au bonheur et à l'enthousiame d'etre vivant.
Il faut etre con sadique pour vegeter ces morales détachés, de celle qui vous pousse à être en accord confortable avec votre conscience - vos oeilleres, vous auriez pus les otez, si cela ne disconvenait pas vos arrangements mediocres avec les conventions établies. Nous pourrirons, nous moisirons - qui n'a pas assez de flair pour le pressentir, ormis les sadiques et les imbeciles ?
Qui sont ces sadiques ? Ils sont tout ceux qui preferent leurs luxueux confort à la possibilité de nourrir des affamés. Qui sont ces imbeciles ? Ceux qui esperent sauver leurs têtes, ils ne sauveront que leur peau... "Nous dormons pour nos patrons" ? Ces imbeciles, qui feignent d'être heureux lorsqu'ils portent sur eux les apparats d'une quelconque richesses, ou d'un pouvoir quelconque... Ces imbeciles, qui exultent leurs rages ou distillent leurs mepris sur ceux qui se plaignent, sur ceux qui esperent encore...
Il n'y a pas de serenité innocente, la passivité est toujours coupable... Se croire heureux est le signe d'une psychopathie sociale - d'une incapacité volontaire ou non à ressentir de l'empathie envers ceux qui sont victimes des souffrances systematisés. Car nous ne pouvons feindre d'ignorer le carnage qu'implique nos sociétés modernes. Nous sommes donc une masse de psychopates englués dans un syteme de production-consommation sans fin, dont les conséquences criminelles nous laisse tout au plus songeurs.
Ah, ces esprits songeurs, désagreablement surpris par l'ampleur du desastre, lorsqu'ils daignent, lors d'un moment de loisir, carresser du regard la réalité sanglante qu'ils ignorent d'habitude, afin de preserver le confort psychique qui convient à leur confort materiel. Ces esprits songeurs, qui parfois se mobilisent, toujours suiveurs, et pour quelques instants seulement, afin de défendre ceux que l'on ecrase, afin de proteger les libertés que l'on nous à deja sapées. C'est que le militantisme, c'est un metier !
Mais nous sommes tous otages. L'argent roi determine le contenu de nos ambitions, les possibilités qui s'offrent a nous. L'autorité n'a qu'une arme: la peur. Celle qu'elle inspire par sa violence, celle des ennemis et criminels dont elle pretend nous proteger, et, la plus puissante, celle de la faim. Il nous faut subsister, et la plupart des humains sont pret pour cela à sacrifier leurs libertés et leurs bien-etre.
La faim nous tient, et la nourriture dépend aujourd'hui d'une industrie agro-alimentaire fondée sur le principe du profit, ne nourrissant que ceux qui paient.
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