Une grande fatigue semble appesantir nos gestes et nos volontés. Comme si nous attendions, exténués et résignés, que tout cela finisse – que ce monde humain cesse. Pris d’effroi et de vertige, combien se contentent de catastrophisme et de cynisme : nous toucherons donc le fond ? Nous devrons donc repartir de plus bas – de si bas !? Quel dénouement imbécile : voilà notre belle rationalité, celle qui fait la fierté de notre culture égocentrique, qui se condamne au chaos. Qui sont ceux qui patientent tranquillement, jusqu'à ce que tout se soit effondré ?! Ont-ils gardés confiance en leurs bonnes étoiles, se croient ils élus, ou sauvés d’avance ? Attendent-ils l’apocalypse comme l’accomplissement d’une justice ?! Notre grand corps humains est à l’agonie ! Et son nid devient étroit face à notre boulimie, emplit des déjections de notre consumérisme borné… Notre monde se meurt, et, à peine convaincu du contraire, nous prolongeons pourtant notre course accélérée vers le grand rien de
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Si les idiots sont manipulables, les moins idiots et techniciens de leur raison sont rapidement dogmatiques. D’une part l’inconstance irreflechit, d’autre part, la constance réfléchit : les plus idiots ne sont pas les plus dangereux. Réfléchir la complexité, accepter l’incertitude et la probable vanité de nos recherches est certes nécessaires pour que ces recherches elles-mêmes puissent nous enrichir, quant bien même ne serait ce qu’au titre d’erreur, mais c’est une chose presque contre nature. Si l’homme pense, c’est principalement pour dominer. Ce fut certainement pour dominer les conditions naturelles qu’auparavant nous devions subir dans leurs puretés cruelles ; ce fut, pour les plus dominer, un moyen de tirer profit de sa soumission, de ruser contre la bêtise autoritaire de son maître, afin malgré lui de posséder en partie sa puissance. Si l’homme pense, c’est principalement par survie, et par orgueil : par un vouloir vivre qui défis nos condition matérielles défavorables.
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A la télé, aujourd’hui, en zappant ou au zapping, un adolescent qui explique sereinement qu’il parvient à se passer de jeux vidéo lorsqu’avec quelqu’un, il parvient à ne plus penser… comme avec les jeux vidéo. Ne plus penser a quoi ? Ne plus penser au quotidien dit-il, aux devoirs a faire, à l’école ou à la chambre que l’on doit ranger… Et si la plupart de nos comportements névrotiques qui prennent une dimension sociale n’étaient que l’expression d’une fuite ? Banal dira-t-on. Banal : sans cesse, notre jeunesse perturbée ou associaux inadaptés cherchent à fuir ; ils cherchent à fuir la réalité, dit-on. Quoi ? Qu’est ce que fuir la réalité ? Peut-on croire fuir La Réalité ? Non, nous cherchons toujours à fuir un certain type de réalité, celle-ci dans laquelle notre époque, géographie, origine, sexe et position sociale détermine le panel de nos choix, les bonheur à rechercher et les moyens d’y parvenir… Nous fuyons un certain type de réalité : celle du quotidien, c'est-à-dire des
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L’amour propre… Un certain orgueil est nécessaire à un bonne santé, à la vigueur, à l’individuation, à la vie… Cet orgueil ou reconnaissance de soi comme digne d’être me semble aussi favorable à une existence riche et singulière que l’amour porté envers d’autres hommes. Pourquoi ? Car je ne crois pas à cette dévaluation humble de soi, car je ne pense pas que l’on puisse affirmer son plaisir de vivre ni non plus se construire en rejetant ce que nous sommes. Cet amour propre, ce respect de soi poussé jusqu'à l’affection tendre de se sentir vivant n’est-il pas l’ingrédient indispensable d’une progression de l’individu vers sa liberté ; et par suite, de la collectivité avec qui il pourra lié librement des liens ? L’humilité comme valeur en soi est une armes despotique qui su faire ses preuve : la révolte est un acte d’amour de soi ! L’insoumission est un acte d’amour de l’homme ! L’insurrection est un espoir en l’avenir, et surtout, un amour du présent, un ardent désir de pouvoir
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Nos piètres personnages s’entortillent autour de nos consciences… Les roles que l’on se force à jouer nous rendent impersonnels à nous même : nous ne nous reconnaissont plus ; a dire juste, nous ne nous sommes jamais connu ni reconnu, mais nous nous sommes simplement identifier aux modèles que l’on nous poussait à imiter, modèles forgées par les différents sommets des différentes hierarchies complices, à l’image de bêtes si bien domestiqués qu’on les croiraient machines à les voir vivre, mieux : on croiraient que ces bêtes humaines prennent un certain plaisir à obeir, ressentent comme un repos ou un confort dans la soumission, l’irresponsabilité, l’infantillisme… Est-ce possible ? Comment est-ce possible ? Sont-ce par ces signes de satisfactions dans l’avilissement et le rapetissement de soi que l’on doit aquerir la certitude d’un parcours manqué, d’une méconnaissance fondementale de soi, d’une « alienation normale », je veux dire : qui n’a jamais connu de resistance… Mais
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A l’adaptation au monde du travail correspond l’adaptation non seulement aux règles cyniques de la compétition mais aussi aux modes d’évasions, de loisirs et de repos de la société marchande. Du moins, nous nous adaptons à la société de consommation et à ses idéaux en partie parce que nous tentons déjà de nous adapter à nos conditions de travail dans une société productiviste ; mais il est aussi vrai que nous nous adaptons à notre travail parce que nous acquiessons déjà la recherche d’un bonheur fondé sur l’apparence - donc l’arrogance – et sur la frénésie d’acquisition futile ou de consommations gourmandes – donc le caprice… Et la publicité nous promet récompense, de même que nos gouvernements populaires… Et la publicité nous promet joie, sexe, sérénité, jeunesse, profits et plaisirs… Nous déchantons : soit que nous n’avons pas les moyens de réaliser ces fantasmes capricieux et inconsciemment assassins, soit que nous pouvons y succomber et s’apercevoir presque aussitôt
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... L’adaptation au rôle conditionné auquel nous à préparé la plus grande partie de notre environnement humain – et conséquemment mental – est donc adaptation à l’ennui, c'est-à-dire acceptation de notre inutilité, de notre inter-changeabilité, de la négation totale de notre valeur propre, et par suite de notre dignité individuelle… Mais c’est aussi tenter d’acquérir une valeur au sein du système de notre organisation criminelle, s’adapter c’est convenir des règles abjectes de nos hiérarchisations ubuesques : c’est accepter l’exclusion et la misère la plus insoutenable tout autant que la débauche de luxe la plus vaniteuse et puérile. S’adapter c’est donc préserver plus ou moins secrètement l’espoir de parvenir à faire partir des forts, des dominants. C’est non seulement consentir à l’idéologie ségrégaire et malthusienne de notre modernité, mais c’est aussi avoir la prétention ou la conscience de pouvoir profiter de ce système, de pouvoir jouir grâce à la souffrance de la plus
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La mécanisation de notre société est la tentative de nos auto-proclamés élites de rationaliser l’organisation sociale, ce qui implique le plus souvent le désir à peine dissimulé de réguler et de contrôler les comportements voire les pensées des individus – chose plus aisé lorsqu’on les agglutine en masses elles-mêmes agglutinées. Cette mécanisation est donc aussi mécanisation de nos activités, et donc certainement de nos pensées. Or cette machinisation de l’homme, que le premier enfant venu rejettera de toute sa force si la faim ne l’accable pas lui et sa famille, est aussi le principal facteur de notre ennui, c'est-à-dire de notre désespoir, de notre désoeuvrement et de notre lassitude. La réduction forcée de notre vitalité à la répétition d’un geste ou d’un calcul insensé pour nous qui le réalisons, et uniquement intéressé par la promesse d’une subsistance, d’un confort modeste ou d’un luxe facétieux, conduit tous les maillons de la grande chaîne à se penser comme telle, ce
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Les gens beaux se regardent souvent dans un miroir, s’observant, ils sculptent les réflexes de leurs mimiques avantageuses… Les gens intelligents réfléchissent comme pour se faire réfléchir leurs intelligences, comme pour se l’a voir miroité quelque part face à soi. Les croyants, lorsqu’ils s’auscultent ou se réfléchissent, ils observent leur croyance, croient tout d’abord en elle et de là la font croître. Les flatteurs, biens sur, cherchent par leur médiocrité quelques réciprocités, quelques reflets de leur propre médiocrité, quelques signes hypocrites valorisant leurs existences, aussi vides que leurs compliments. Les curieux en général sont peu souvent curieux des autres : ils préfèrent les assommer de leurs lubies, scrutant chez l’autre la manifestation de ses propres intérêts, voyant chez l’autre un moyen de refléter ses curiosités. Les pédants, ah les orgueilleux pédant, qui ne l’ouvrent que pour la faire fermer, qui n’interviennent que pour interrompre, qui ne
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A l’homo-faber succède-t-il logiquement l’homo-consommateur ? Peut être n’avons-nous voulu fabriquer qu’afin de posséder, qu’afin de dominer ?.. Et lorsque nous nous donnions pour horizon de dominer la nature, ne pensions nous pas dès le départ y inclure l’homme ? Ces juifs et ces Chrétiens, mais aussi ces positivistes et ces faux scientifiques, et encore ces faux libéraux et faux humanistes, tous, en souhaitant dominer la nature, ne souhaitaient ils pas dominer aussi l’homme et ses instincts ? Ne désiraient-ils pas trouver le moyen de les soumettre totalement afin de « rallier et de régler » ces hommes ; ou bien de leur offrir une liberté si fictive qu’elle conduirait nécessairement – à quelques interventions près de la part des principaux intéressés - aux systèmes de dominations et de soumissions envisagés dès le départ ? C’est qu’ils ne comprennent pas, ces techniciens de la pensée et de l’humanité, que celles-ci ne se confondent pas avec les objets matériels que la science à
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