L’Orgueil est un moteur universel
L'arrogance, la jalousie, le mépris, la suffisance, la colère, le sarcasme sont les rejetons de orgueil
L’Orgueil est le croissant noir de nos passions
La petitesse, le ridicule, la puérilité ridée, le maquillage, le mensonge et la honte sont les fruits de orgueil
Parle-t-on sans orgueil, sans arrogance ? Nos arguments sont-ils des alexandrins ou bien des coups, des armes ? Peut-on agir sans prétentions ? Peut-on s'aimer sans suffisance.
Parler, discuter est presque toujours un conflit, plus ou moins latent. Du moins lorsque l'on ne parle pas du temps. L'échange se fait souvent discrètement confrontation. Est-il possible de s'exprimer à l'orale d'une manière non tronqué, non rongé ? En peu de temps, nous nous retrouvons à répondre à nos intonations, nos gestes, et non plus à nos discours.
L'écriture est pour cela une forme d'expression qui possède ses qualités propres: dépasser la tendance conflictuelle de la discussion, avec comme médiateur l'écrit. L'expression se libère par là de nombreuses entraves, pourtant, Arthur ne me semble pas avoir tord lorsqu'il dit que la communication s'appauvrit d'autant. Ou plutôt, la bilatéralité de la communication se perd, l'échange et le partage mutuel deviennent alors au contraire[…]
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4.
· Je ne comprend toujours pas pourquoi avec de si vicieuses théories vous n'ayez pas quelques livres publiés ?
~ Ecrivain, moi ? Vous m'offenser quelque peu mon cher, quand bien même je ne vous soupsonne pas de vouloir me blesser, votre basse flatterie est loin procurer son effet, au contraire, m'écorche; et bien que je vous concède une intention amicale. Ecrire, sachez que c'est le fait d'une conscience névrosé; seuls ceux qui ne réussissent pas à s'épanouir à travers l'expression la plus noble et la plus naturelle qu'incarne le langage éprouve quelques nécessités à s'exprimer par de labyrinthiques moyens: la tentative artistique par exemple. L'Art, lorsqu'il advient, est la chose la plus noble qui puisse être; mais il n'y a rien de plus risible – ou de pathétique selon les tendances de chacuns-, il n'y a rien de plus risible dis-je que celui qui, par dégoût de lui même, et conséquemment par dégoût de toutes choses, en viendra à tenter d'accoucher à l'humanité un patrimoine quelconque. L'Art exprime en lui même, à travers ses modes d'expressions, une lacune, une incapacité à s'exprimer audiblement pour tous ceux[…]
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3.
Existe-il quelque part un lieu comme celui que je vous ai vaguement décrit, un endroit ou des vivants se réunissent pour partager leurs opinions sur l'existence. Il est bien probable que ces conversations apparaissent ici et là, faisant apparaître du même élan ce lieu rare ou les consciences partagent leurs expériences, mais généralement, nous évitons de discuter des façons qui conviennent pour se sentir exister, s'il faut ou non fixer un horizon à notre vie. Plutôt que d'échanger diverses vues sur les moyens que nous adoptons pour lutter contre l'ennui, nous préférons lutter contre l'ennui avec les moyens qui nous sont proposé. Nous pourrions être tenté de voir là le cas de Bastien, ce serait fallacieux. Bastien ne se contente pas comme par défaut, tel un mouton, de la prairie qu'on lui impose; non, Bastien détermine lui même ses plaisirs, et les apprécie à sa façon et non pas comme celui qui s'agglutine avec d'autres en supputant que les autres ont de bonnes raisons de s'enthousiasmer ainsi. Bastien voudrait sculpter son être en modelant sa vie, il se veut une volonté libre et artistique, et non pas se plier à la rumeur de la masse, accompagner, grégaire, des semblables sur les champs indiqués. Mais faut-il considérer Bastien comme celui qui[…]
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-_ Et tu n'as pas vraiment tort. Je suis poussé à croire que chacun à une voie qui lui est sienne pour parvenir aux béatitudes de la vie. N'avons nous pas le droit de supposer que le bonheur n'est pas l'unique fin que nous octroie l'existence. Il faudrait ailleurs se mettre d'accord sur ce qu'est le bonheur, mais c'est une entreprise laborieuse et sophistiqué qu'il vaut mieux laisser aux siècles de l'antiquité. Ce que je veux dire, c'est que si le bonheur peut éventuellement être défini par la satisfaction continue de l'individu qui l'éprouve, le bonheur n'est pas pour autant Un et Unique. Il me parait clair que chacun trouve satisfaction en de très diverses choses. Mais ce qui donne au bonheur une réelle complexité car une véritable multiplicité, c'est que même sa forme change selon les individus. Toi, Bastien, tu ne vois pas le bonheur dans la résolution d'une quête, tu ne vois pas ton contentement suspendu à un effort ou au bout d'un sentier, mais tu considère qu'il faut saisir ses joies ici et là, qu'elles sont à portées de mains la plupart du temps, dès que l'on est enclin à apprécier un moment sans problème. "L'absence de souffrance", en quelque sorte, plus quelques habitudes érigées en jouissances régulières et à peu près[…]
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-_ Toutes les fois où je vous vois vous délectez avec tant d'aisance et de naturel votre whisky, je me dis que nombres de choses sont pour vous un plaisir que la vie vous offre gracieusement, et dont vous savez profiter pleinement.
-- N'est-ce pas ainsi que l'on se doit de vivre ? J'avoue que parler d'un devoir à suivre pour bien vivre est apparemment prétentieux de ma part, pourtant, j'assume la position. Je ne sais si la vie offre réellement quelques plaisirs, je ne saurais disserter avec loquacité des raisons de ce qui me rend heureux, tant la simplicité de ces raisons peuvent paraître complexes à de tortueux esprits. Voyez, le jeune homme qui nous à quitter tout a l'heure, Ludovic je crois, et bien je le pense bien incapable de profiter pleinement des plaisirs simples que l'existence nous offre lorsque nous y prenons garde. Voyez, il fume sans cesse une cigarette, plaisir dont la seule particularité est de laisser insatisfait. Insatisfait le laissera aussi sûrement sa tentative de compréhension subtile de son rapport à l'existence... Ce doit être son tempérament que de poursuivre des plaisirs illusoires.
-_ Tu t'avances beaucoup, ce jeune n'a rien d'anormal, je le trouve plutôt amical. Il s'interroge et alors, à vrai dire il n'est pas tant rongé que tu sembles le dire par sa philosophie, il se pose des questions, voila tout.[…]
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2.
La tranquillité à la mauvaise coutume de se lier à l'ennui.
L'ennui est un manque d'excitation. Un manque de rapports stimulants à la réalité.
Si l'on accepte d'un commun accord la référence à une réalité unique, c'est afin de ne pas se quereller sur absolument tout la concernant. Il s'agit d'éviter le débat.
Il faut rester lucide. La solitude et la vie sociable possède chacune leur propre forme de lucidité. Elles sont inefficaces en dehors de leurs domaines.
L'ennui n'est pas nécessairement une forme de lucidité.
La maîtrise de soi, la constante direction de son être est elle réalisable ?
L'ennui est une forme d'affaissement de la volonté.
La plupart des gens de notre époque et de notre occident ont à lutter presque quotidiennement contre les effets néfastes de l'oisiveté, contre l'ennui. La télévision, l'actualité, les mots croisés, le jeu d'échec, la discussion lors de l'apéro, l'apéro... Nombres d'activités que nous exerçons quotidiennement n'ont aucune finalité, ne servent à rien. Nos distractions sont futiles ? Et alors, puisqu'elles ne cherchent pas à être utile mais à divertir, quel peut être le problème ? Le problème, car il y en a un, c'est que nous[…]
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-- Voyons, je suis désolé si tu as cru que je souhaitais t'accabler, ce n'était vraiment pas mon intention, si ce que j'ai pu dire t'as blessé pardonne moi. Et pourtant, je ne peux pas te laisser dire que je tiens qu'il faille vivre sa vie plutôt que de la réfléchir ou méditer par facilité. J'affirme ça parce qu'il est visible que se poser des problèmes qui n'ont pas de rapports directs avec nos besoins, jusqu'à s'obséder avec des questions sans fond, n'est ni bon pour l'humeur, ni pour le caratere. Je dis que cette attitude refreine l'action et l'expérience: c'est par cette dernière que prend une forme véritable l'existence, que l'on apprécie ces délices possibles, que l'on subit ses peines avec force. S'enfermer l'esprit dans un labyrinthe auquel tu prétends trouver une sortie, et une carte pour trouver celle-ci, c'est se noyer dans un autre monde que celui qui t'es premièrement donné a vivre.
_ Sauf que je ne m'enferme pas, certain le fond, mais pas moi. Moi, je cherche à me libérer d'un labyrinthe il est vrai, mais dans lequel je nous vois tous. Et il faut l'apercevoir avant de pouvoir chercher l'issue, et le voir, vous ne voulez pas le faire. C'est de votre liberté. Mais c'est beaucoup dire que de prétendre que mon questionnement avorte mes actes, c'est faux, et c'est par ailleurs un[…]
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Les conversations se déroulent selon un rythme et selon des thèmes apparemment simples pour ceux qui conversent, mais pris dans leur ensemble d'une complexité si effrayante que la construction d'une discussion peut paraître aléatoire, sans liens directes d'une parties à une autre, parties dont on a d'ailleurs souvent du mal à discerner les étapes et frontières. Lorsque des personnes discutent, elles discutent le plus souvent de ce qui vient d'être dit il y a peu, et ont une forte tendance à oublier ce qui a été prononcer auparavant, si bien que le sujet de discussion glisse d'un thème à l'autre sans que personnes ne s'en rendent réellement compte sur le moment. Nous concluons sur une chose dont nous pensions ne pas parler au départ, et nous oublions d'étayer ce que nous avions avancé. Cela présente l'avantage de permettre à la conversation de se poursuivre lorsque nous n'avons plus rien à dire sur un sujet, du fait que nous en avons tout dit et que nous ne souhaitions pas réellement approfondir des propos que nous pensions au fils des choses, pas plus que nous voudrions les confronter véritablement à ceux de notre compagnon de bavardage.
Lorsqu'il s'agit d'une conversation écrite, les règles ont une certaine tendance à changer, de fait: le discours prononcé est alors lu, et[…]
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_ L'existence pose problème. Et cela me semble un problème presque impossible à aborder. Il s'agit pourtant du problème le plus partagé, le plus essenciel et fondemental de tout existant conscient. Surement est-ce d'ailleur plutot la conscience qui pose véritablement problème. Quoi qu'il en soit, notre reflexion peut prendre pour problème sa propre existence, son origine et son fonctionnement. Notre intuition elle aussi nous pousse à mettre en question notre vie. Notre inscription dans le temps, ce que nous nommons notre volonté, notre mémoire et nos aspirations vers l'avenir posent problème en ce sens que ce sont des phenomènes auquels nous sommes contingents, auquels nous sommes liés, que nous cotoyons, en cela qu'ils constituent des aspects de notre réalité, et pourtant ni notre intuition ni notre intelligence ne parviennent a réelement appréhender cette réalité.
-- Voyons, ne serait-il pas plus juste que tu dises que l'existence te poses problème ? Rien n'est moins vrai, à mon avis, que cela soit un problème partagé de tous, comme tu le prétends. L'existence peut très bien s'écouler comme l'eau d'une source, parcourant jusqu'à rejoindre l'ocean le sillon qui pourra l'acceuillir. Nous pouvons bien vivre sans sinterroger sur le temps, justement parce qu'il ne pose[…]
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- La question morale, tres cher, n'a pas lieu de se poser ici, ni peut être d'ailleur en aucune autre situation. En ce qu'il en est de l'art, je tiens pour vrai que l'on n'y peut apposé un qualificatif moral.-- Et pourtant, qu'est ce que l'imoralité ? Pourquoi ce terme ne pourrait convenir a l'art ? Est-ce parce que vous vous refuser a définir clairement l'un et l'autre, que vous laisser fuir les mots dont vous usés vers les libres interprétations plausibles. Si l'art est une expression, et qu'une expression peut être imorale dans et par ce qu'elle exprime, alors l'art n'y echappe pas, tout au moins l'artiste n'y echappe pas.- C'est justement là tout le problème. S'il n'est peut être pas clair pour tous que l'artiste peut être moral ou non, pour ma part j'aquiesse. Mais je m'offusque lorsque vous vous permettez d'en tirer la conclusion que l'art lui même possède un caractère moral. L'oeuvre produite, l'acte de création, éventuellement immoral, passé, l 'oeuvre est abandonné a ses interpretes et critiques. A peine l'auteur parvient-il à s'expliquer, et uniquement face aux detracteurs qui sevissent de son vivant. L 'oeuvre en soi est donc bien au-delà de toute morale, et celle-ci ne pourra intervenir de nouveau que par le biais de ceux qui en useront.-- Vous dites que seul l'acte lui même est à même de se[…]
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